J’ai passé des séjours exceptionnels ici, tant pour la beauté des paysages de montagnes que de la mer, omniprésente. Petits ports paisibles, restaurants rafraîchis par des tonnelles de vignes qui protègent de la canicule, vignes, oliviers, citronniers… tout présuppose la douceur de vivre qui se dégage de la Crète. Le pays est certainement à l’origine de ma passion pour les voyages, de cette parenthèse hors du commun que savent procurer de tels lieux, où l’histoire antique s’associe aux légendes, et c’est la raison pour laquelle j’ai retenu une photo de mon périple crétois pour figurer en page de quatrième de couverture de ce guide. La Crète est la cinquième île de la Méditerranée, l’île des Dieux selon Homère, le berceau de la civilisation minoenne. C’est là que, selon le poète, Zeus serait né, aurait aimé la princesse phénicienne Europe, et aurait eu trois fils, dont Minos, qui devait donner naissance à une dynastie qui allait marquer l’histoire du pays. Pour l’anecdote, goûtez les bons vins blancs de Minos des frères Miliarkis.
D’une superficie de 8 305 km2, la Crète s’allonge d’ouest en est sur 260 km environ, sa largeur variant de 12 à 60 km. Elle est dominée par des reliefs importants (de 1 360 à 2 450 mètres), entre le sud de l’île qui donne sur l’Afrique et le nord qui s’ouvre vers la mer Egée. C’est dans cette partie de l’île, protégée des vents chauds d’Afrique par cet écran montagneux, que s’est développé ce vignoble dont l’origine se perd dans l’Antiquité. Dès cette époque, les anciennes villes de Cnossos, Gortyne et Phaistos avaient développé un important commerce des vins.
Le climat est tempéré par le voisinage de la mer et les vents frais qui viennent de l’Egée sur les côtes; froid et neigeux en hiver à l’intérieur des terres; relativement frais au printemps, et très chaud et sec en été.
Ce vignoble d’une cinquantaine de milliers d’hectares (y compris les vignes à raisins de table) produit aussi des raisins secs (Soultanina) et le fameux raisin de table Rasaki. J’apprécie tout particulièrement ces vins rouges puissants, issus de vieux cépages tels que le Roméikon, le Liatiko de Lasithi, qui vont à merveille sur des aubergines ou des plats de légumes farcis, et qu’il est bon de savoir apprécier un peu frais, comme on sait le faire au pays. Les cépages blancs (Vilana, Athiri, Ladiniko…) permettent l’élaboration de vins assez fruités, vigoureux certes mais plus neutres.
L’île englobe en tout cas quatre vignobles à appellation d’origine : Archanès, Peza, Dafnès et Sitia, et un Vin de Pays de Crète. Dans les régions de La Cannée et de Rethymno, on produit également des vins issus respectivement des cépages Roméikon et Tsardana.
Archanès et Peza
Les deux vins à appellation d’Archanès et de Peza sont élaborés dans deux zones délimitées au sud d’Héraklion, dans cette très belle région de vallées et de coteaux. C’est à quelques kilomètres de là que se trouvent les ruines du palais de Knossos, qui aurait été le palais du roi Minos, où était édifié le fameux labyrinthe dans lequel Thésée combattit le Minotaure (souvenez-vous du fil d’Ariane). Les vins rouges de ces deux appellations proviennent des cépages Kotsifali, qui apporte toute sa saveur, et Mandilari, cépage familier des îles de la mer Egée, très coloré. A Peza est également élaboré un vin blanc (cépage Vilana).
Sitia et Dafnès
Le vignoble de Sitia est situé à l’extrémité est de la Crète, à une altitude moyenne de 600 mètres. L’excellent cépage Liatiko permet de produire ces vins rouges colorés, robustes et francs dont je parlais auparavant. C’est ce même cépage que l’on cultive dans la zone viticole de Dafnès, région au relief accusé au sud-ouest d’Héraklion. A goûter : le vin de liqueur Dafnès que l’on peut rapprocher du Malvasia, ce Nectar des dieux qui, selon la tradition, était conservé dans les jarres géantes du palais de Minos… De quoi rêver, non ?
