lundi 25 août 2008

Les vins de Crète

J’ai passé des séjours exceptionnels ici (essayez le superbe hôtel Elounda Mare), tant pour la beauté des paysages de montagnes que de la mer, omniprésente. Petits ports paisibles, restaurants rafraîchis par des tonnelles de vignes qui protègent de la canicule, vignes, oliviers, citronniers… tout présuppose la douceur de vivre qui se dégage de la Crète. Le pays est certainement à l’origine de ma passion pour les voyages, de cette parenthèse hors du commun que savent procurer de tels lieux, où l’histoire antique s’associe aux légendes, et c’est la raison pour laquelle j’ai retenu une photo de mon périple crétois pour figurer en page de quatrième de couverture de ce guide. La Crète est la cinquième île de la Méditerranée, l’île des Dieux selon Homère, le berceau de la civilisation minoenne. C’est là que, selon le poète, Zeus serait né, aurait aimé la princesse phénicienne Europe, et aurait eu trois fils, dont Minos, qui devait donner naissance à une dynastie qui allait marquer l’histoire du pays. Pour l’anecdote, goûtez les bons vins blancs de Minos des frères Miliarkis.

D’une superficie de 8 305 km2, la Crète s’allonge d’ouest en est sur 260 km environ, sa largeur variant de 12 à 60 km. Elle est dominée par des reliefs importants (de 1 360 à 2 450 mètres), entre le sud de l’île qui donne sur l’Afrique et le nord qui s’ouvre vers la mer Egée. C’est dans cette partie de l’île, protégée des vents chauds d’Afrique par cet écran montagneux, que s’est développé ce vignoble dont l’origine se perd dans l’Antiquité. Dès cette époque, les anciennes villes de Cnossos, Gortyne et Phaistos avaient développé un important commerce des vins.

Le climat est tempéré par le voisinage de la mer et les vents frais qui viennent de l’Egée sur les côtes; froid et neigeux en hiver à l’intérieur des terres; relativement frais au printemps, et très chaud et sec en été.

Ce vignoble d’une cinquantaine de milliers d’hectares (y compris les vignes à raisins de table) produit aussi des raisins secs (Soultanina) et le fameux raisin de table Rasaki. J’apprécie tout particulièrement ces vins rouges puissants, issus de vieux cépages tels que le Roméikon, le Liatiko de Lasithi, qui vont à merveille sur des aubergines ou des plats de légumes farcis, et qu’il est bon de savoir apprécier un peu frais, comme on sait le faire au pays. Les cépages blancs (Vilana, Athiri, Ladiniko…) permettent l’élaboration de vins assez fruités, vigoureux certes mais plus neutres.

L’île englobe en tout cas quatre vignobles à appellation d’origine : Archanès, Peza, Dafnès et Sitia, et un Vin de Pays de Crète. Dans les régions de La Cannée et de Rethymno, on produit également des vins issus respectivement des cépages Roméikon et Tsardana.

Archanès et Peza
Les deux vins à appellation d’Archanès et de Peza sont élaborés dans deux zones délimitées au sud d’Héraklion, dans cette très belle région de vallées et de coteaux. C’est à quelques kilomètres de là que se trouvent les ruines du palais de Knossos, qui aurait été le palais du roi Minos, où était édifié le fameux labyrinthe dans lequel Thésée combattit le Minotaure (souvenez-vous du fil d’Ariane). Les vins rouges de ces deux appellations proviennent des cépages Kotsifali, qui apporte toute sa saveur, et Mandilari, cépage familier des îles de la mer Egée, très coloré. A Peza est également élaboré un vin blanc (cépage Vilana).

Sitia et Dafnès
Le vignoble de Sitia est situé à l’extrémité est de la Crète, à une altitude moyenne de 600 mètres. L’excellent cépage Liatiko permet de produire ces vins rouges colorés, robustes et francs dont je parlais auparavant. C’est ce même cépage que l’on cultive dans la zone viticole de Dafnès, région au relief accusé au sud-ouest d’Héraklion. A goûter : le vin de liqueur Dafnès que l’on peut rapprocher du Malvasia, ce nectar des dieux qui, selon la tradition, était conservé dans les jarres géantes du palais de Minos… De quoi rêver, non ?



Millesimes

samedi 16 août 2008

Champagne Devaux

Toujours la seule cave coopérative, dirigée notamment par la charmante Marie Gillet, à cette place de Premier Grand Vin Classé. Fondée en 1846 par les frères Jules et Auguste Devaux, elle fut reprise, après eux, par Mme veuve Auguste Devaux. En 1986, ses descendants, soucieux de perpétuer cette marque prestigieuse, en ont confié la destinée à un grand groupe de producteurs champenois. Aujourd’hui, la maison Veuve A. Devaux est installée dans le cadre magnifique du Domaine de Villeneuve. Là, 800 vignerons déploient tous leurs efforts, tous leurs soins et un savoir-faire ancestral. “La Cuvée D 2000 remplace la Cuvée D 1996, nous précise Marie Gillet. Elle comporte 50% de Chardonnay et 50% de Pinot noir, et sera vendue à l’automne 2008. Notre actualité est l’ouverture d’un site de dégustation en face de nos lieux de production, de l’autre côté de la route. Nous avons acheté ce bâtiment l’an passé et le faisons restaurer par un architecte parisien. Ce lieu de vente et de dégustation qui réservera le meilleur accueil à nos clients sera ouvert ouvert à la fin de l’année 2008.” Exceptionnel Champagne cuvée D 2000, qui associe richesse aromatique et persistance en bouche, ample et dense, avec des connotations de lys, de brioche et de noisette caractéristiques, d’une grande harmonie, un Champagne ample et distingué, très fruité, de belle mousse légère et persistante, riche et très équilibré. La Grande Réserve brut, à laquelle une dominante de Pinot noir confère puissance et longueur en bouche, le Chardonnay apportant à la fois vivacité et finesse, avec ces nuances de fruits compotés, de sous-bois et de pêche jaune, est très harmonieuse, charpentée, dominée par des notes légèrement vanillées, d’une longue persistance aromatique. La Cuvée “D” rosé 2004 est très séduisante, tout en bouche, aux connotations fruitées persistantes avec des nuances de mûre, alliant structure et vivacité. La cuvée Millésimée, pure Chardonnay, est dans la lignée, marquée par les fleurs (narcisse, chèvrefeuille), la pomme et le pain grillé, la marque de fabrique du Chardonnay. Superbe Ultra “D”, très parfumé, alliant finesse et longueur, aux nuances de pêche et de citronnelle, un grand Champagne très rafraîchissant.

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Millesimes, le guide des vins


mercredi 18 juin 2008

Les vins de Chypre

A Chypre, il existe une véritable tradition vinicole très ancienne, et la viticulture a toujours été une très importante activité de l’île. La vigne y est cultivée à flanc de montagne jusqu’à près de 900 m d’altitude, particulièrement sur le flanc sud.

Les cépages
Pour les rouges, le Mavron, très majoritaire, l’Opthalma et le Cabernet depuis peu.
Pour les blancs, le Xynisteri blanc et Muscat.

Les vins
- Les rouges, que j’aime bien, sont très typés, intenses en couleur comme en arômes, bien corsés, tanniques, et légèrement épicés en bouche. Des vins charnus, d’excellente évolution..

- Les blancs sont secs (ou demi-secs), et moins passionnants. D’autres sont de type Xérès.

- Les vins de dessert
Le vin le plus charmeur de Chypre est le Commandaria, marron, liquoreux, provenant des villages de montagne, issu de raisins blancs et rouges séchés issus du Mavron et du Xynisteri). Il était déjà célèbre au XIIe siècle quand les Templiers s’installèrent dans l’île et lui donnèrent ce nom. C’est un vin remarquable et sa douceur est obtenue en desséchant les raisins sur des draps étendus au milieu des vignes, comme en Grèce. Essayez d’en goûter directement dans les villages.



jeudi 29 mai 2008

Château Fonroque

Beau Saint-Émilion GCC 2005 (88% Merlot et 12% Cabernet franc vin issu de raisins en conversion vers l’agriculture biologique), aux nuances de mûre et de grillé, aux tanins d’une grande suavité et d’une belle longueur en bouche, un vin riche en bouquet comme en matière, tout en bouche, de garde. Le 2004 est particulièrement savoureux, avec au nez des arômes de groseille et de fraise des bois très mûre, très élégant, d’une belle robe sombre, très équilibré et très prometteur. Le 2003 poursuit son évolution, riche et gras, un vin dominé par des notes de réglisse, complexe, tout en couleur et en structure.

Château FONROQUE
(SAINT-ÉMILION)
Direction : Alain Moueix
33330 Saint-Émilion
Téléphone :05 57 24 60 02
Télécopie : 05 57 24 74 59
Email : info@chateaufonroque.com
Ou : www.chateaufonroque.com

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Millesimes

dimanche 25 mai 2008

Champagne Bardoux

Très bien classé. Un vignoble familial de 4 ha (18 parcelles) bénéficiant d’un sous-sol allant d’une structure siliceuse à argilo-calcaire au fur et à mesure que l’on s’élève jusqu’au tertre de Saint-Lié. Belle cuvée de l’An 2000, de jolie robe dorée, un Champagne structuré, fin et riche à la fois, très parfumé, avec des notes de tilleul et de miel, de mousse abondante. Le brut Millésimé 98 (le 2000 suit) est parfumé, d’une grande élégance, est très harmonieux en bouche, au nez complexe (abricot, brioche), à déboucher sur des crevettes flambées, par exemple. Le 97 est tout en structure, équilibré, complexe, un vin généreux, où l’on retrouve des nuances de citron et de miel en finale.

BARDOUX Père et Fils
Pascal Bardoux
5-7, rue Saint-Vincent
51390 Villedommange
Téléphone :03 26 49 25 35
Télécopie : 03 26 49 23 15
Email : contact@champagne-bardoux.com
Ou : www.champagne-bardoux.com

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samedi 17 mai 2008

Taittinger

Une maison qui reste familiale et bien sûr incontournable, notamment avec cette exceptionnelle cuvée Comtes de Champagne Blanc de blancs 98, qui symbolise parfaitement ce que doit être une très grande cuvée champenoise, à la fois très dense et très fine, issue exclusivement de raisins blancs Chardonnay en provenance de la Côte des blancs et de vignobles classés à 100%. Un très grand Champagne, au bouquet fin, discrètement citronné et épicé, qui exhale des senteurs légères végétales et fleuries de tabac blond et de feuille de thé, de bouche acidulée et élégante, aux saveurs de citron vert, ample, très distingué. Le Comtes de Champagne rosé millésimé 2002 est dans la lignée, issu pour 70% de Pinot noir (classés à 100% dans l’échelle des crus), dont une partie (13%) est vinifiée en rouge et provient des vignobles de Bouzy, et pour 30% de Chardonnay, issus des vignobles de la Côte des blancs (classés à 100%) qui complètent cet assemblage en lui apportant finesse et fraîcheur. La robe est de couleur rose ambré. Les bulles sont fines et abondantes et forment un cordon de mousse dense. Le bouquet intense et très riche possède des arômes fortement fruités et confits de coing, de groseille et de griotte. En bouche, le vin est tout d’abord vif et acidulé puis sa charpente, sa force et sa vinosité s’expriment pleinement avec des saveurs fruitées de cerise à l’eau-de-vie. La finale est puissante et persistante.

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vendredi 16 mai 2008

Santa Mavra

Bon vin rouge grec, provenant des îles Ioniennes. Intense, très coloré, envisagez de faire une sieste après avoir dégusté le Santa-Mavra (mavra veut dire noire), un rouge très puissant provenant du vignoble de Leucade, planté du cépage Vertzami, cultivé en terrasses dont les murettes grimpent jusqu’à une altitude de 800 m. Un bon exemple de la structure et de la typicité des rouges secs grecs, très fruités et corsés, légèrement épicés, à savourer sur une cuisine riche.

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mercredi 30 avril 2008

Top Chinon

Domaine des BÉGUINERIES
Jean-Christophe Pelletier
52, Clos de la Rue Braie
Saint-Louans 37500 Chinon
Tél. 02 47 93 37 16 et 06 08 92 88 17
Fax. 02 47 93 37 16
e-mail : domainedesbeguineries@wanadoo.fr
Valeur sûre avec ce Chinon cuvée Réserve de Satis 2005, riche en couleur comme en arômes, au nez complexe, associant puissance et finesse, avec ces notes caractéristiques de framboise mûre et d’épices, intense au nez comme en bouche, d’excellente évolution. Le Chinon Vieilles Vignes 2005 développe un nez puissant et persistant de groseille mûre, un vin corsé, aux tanins veloutés, tout en bouche, où le gras s’associe à la structure.

Château de la BONNELIÈRE
Marc Plouzeau
94, rue Haute Saint Maurice
37500 Chinon
Tél. 02 47 93 16 34
Fax. 02 47 98 48 23
e-mail : info@plouzeau.com
www.plouzeau.com
Une propriété familiale (en biodynamie) depuis 1846. Beau Chinon 2005, bien typé, coloré et parfumé, qui fleure les framboises et les sous-bois, associant richesse et fondu en bouche. Son Chinon Chapelle 2005 est puissant, d’une belle robe rubis prononcé, avec des arômes de framboise et de réglisse, dense, aux tanins mûrs, riche et fin, racé, très structuré, complet et très parfumé, de bouche harmonieuse et puissante. Joli Chinon rosé, qui sent l’abricot frais.

Le LOGIS de la BOUCHARDIÈRE
Serge et Bruno Sourdais
37500 Cravant-les-Coteaux
Tél. 02 47 93 04 27
Fax. 02 47 93 38 52
e-mail : serge-bruno-sourdais@wanadoo.fr
www.sergebrunosourdais.com
Un vignoble de 50 ha. Le Chinon cuvée Le Chêne Vert 2005, est de bouche riche, aux notes de mûre et d’humus, aux tanins équilibrés, tout en rondeur, ample et distingué, qui poursuit sa belle évolution. Remarquablde Chinon rouge Les Clos 2006 (vieilles vignes de 40 à 50 ans en coteaux de silex très arides), de couleur intense aux reflets noirs, aux puissants arômes de fruits rouges (mûre, fraise des bois...), d’épices, aux tanins bien enrobés mais très équilibrés, un vin riche et bien typé, à déboucher sur un magret.

Paul BUISSE
69, route de Vierzon, BP 112 41400 Montrichard
Tél. 02 54 32 00 01
Fax. 02 54 32 09 78
e-mail : contact@paul-buisse.com
www.paul-buisse.com
À la tête des Premiers Grands Vins Classés, dans la plupart de ses appellations, ce qui n’est pas rien. Paul Buisse est une référence dans la région, chaleureux et talentueux, plus passionné par le respect des terroirs que par des cuvées à la mode. Savourez ce Chinon L’Excep­tionnel de Paul Buisse 2005, dont le vignoble s’étend de part et d’autre de la Vienne jusqu’à la Loire. Ce vin est issu d’un assemblage de plusieurs cuvées de vieilles vignes ayant plus de 50 ans d’âge, situées sur les coteaux de Cravant dans des terres argilo-calcaires (Cabernet franc, vinifié avec une cuvaison de 3 semaines). De robe légèrement pourprée, un vin très dense, complexe, encore très fermé, puissant et savoureux, au nez de mûre, riche en couleur, aux tanins fermes et fins à la fois, très bien élevé, tout en bouche avec des notes de réglisse, à savourer sur un rôti. Le Bourgueil L’Exceptionnel de Paul Buisse 2005, de belle couleur, avec ces notes complexes de réglisse et de fraise, alliant matières tanniques et finesse, un vin de garde. Son Touraine Sauvignon Domaine Paul Buisse Clos des Ronceveaux 2005, de jolie robe bouton d’or, aux nuances de fleurs blanches, d’agrumes et de pêche, est un vin de bouche ronde et minérale, tout en persistance comme ce Touraine blanc Cristal Buisse 2006, très expressif de son Sauvignon, mêlant richesse aromatique et persistance en bouche, un vin qui dégage de subtils arômes d’amande et de tilleul, tout en harmonie, d’une jolie finale.

Domaine de la CHAPELLE
Philippe Pichard
9, rue de Malvault 37500 Cravant-les-Coteaux
Tél. 02 47 93 42 35
Fax. 02 47 98 33 76
e-mail : philippe-pichard@club-internet.fr
www.philippe-pichard.fr
Au sommet de son appellation. Le domaine s’étend sur 15 ha. Remarquable Chinon Les 3 Quartiers 2005, de couleur grenat, d’une belle concentration en bouche, aux notes de fraise des bois et d’épices, qui allie distinction et richesse, de très bonne garde. Le Chinon cuvée Arcestral 2005 (vignes 40 ans, sur sol argileux, fermentation malolactique en barriques neuves et élevage de 15 mois), dominé par la fraise des bois mûre et l’humus, associant finesse et concentration, bien charnu, d’une belle longueur en bouche, aux tanins équilibrés. La cuvée Les Varesnes 2005 est un vin bien corsé, aux tanins souples, au nez intense (mûre, épices), de bouche puissante, où s’entremêlent des notes d’épices et de framboise, riche, très équilibré, d’une belle longueur en bouche.

COULY-DUTHEIL
Jacques et Arnaud Couly
12, rue Diderot, BP 234 37500 Chinon
Tél. 02 47 97 20 20
Fax. 02 47 97 20 25
e-mail : info@coulydutheil-chinon.com
Une grande référence avec leur Chinon Clos de L’Écho 2005, de robe pourpre, au nez mariant les fruits mûrs et les épices, d’une complexité certaine en bouche, parfumé et intense avec des nuances de griotte et de prune, aux tanins soyeux, à la fois puissant et fin, d’excellente garde. Remarquable Chinon Clos de L’Olive 2004, un vin puissant et complexe, très harmonieux, bien charnu, très typé, avec ces nuances de mûre et d’humus, un vin ferme et riche, tout en bouche, parfait sur une daube, de belle évolution. Le Chinon rosé est de belle teinte, flatteur, franc et souple à la fois, idéal sur des rillons de la région.

Domaine GOURON
Laurent et Stéphane Gouron
La Croix-de-Bois 37500 Cravant-les-Coteaux
Tél. 02 47 93 15 33
Fax. 02 47 93 96 73
e-mail : info@domaine-gouron.com
www.domaine-gouron.com
Excellent Chinon La Croix Boisée 2005, au nez de framboise, alliant puissance et souplesse en bouche, charpenté, complexe, très riche. Beau Chinon cuvée Vieilles Vignes 2004, issu de sols argilo-calcaires et argilo-siliceux (vignes de 45 ans et plus, cuvaison longue et élevage 12 mois en fûts de chêne), aux notes épicées, avec une belle charpente, de robe intense, un vin charnu, très équilibré, très parfumé, idéal sur un bœuf gros sel. Le Chinon rosé (sols de croupe argilo-sableuse et de graviers, saignée, élevage en cuves), est à ouvrir sur une cuisine relevée.

Domaine du GRAND BOUQUETEAU
37500 Chinon
Tél. 02 47 98 36 89
Fax. 02 47 52 65 50
www.moncontour.com
Coup de cœur pour ce Chinon l’Apogée du Grand-Bouqueteau 2005, élevé en fûts de chêne, encore jeune, charnu, tout en nuances aromatiques, de robe soutenue, aux tanins puissants, au nez complexe où dominent le cassis, la griotte et la cannelle, qui poursuit son évolution. Le Chinon Réserve 2005 est parfumé, charpenté comme il se doit, au nez subtil et intense, avec ces notes de cerise mûre, de bouche fondue et puissante à la fois. Le Chinon Tradition 2005, de couleur profonde, est un vin ample et rond, où prédominent le cassis et les sous-bois, structuré, ample, d’une belle persistance.

Domaine de NUEIL
Laurent Gilloire
37500 Cravant-les-Coteaux
Tél. 02 47 93 19 24
Fax. 02 47 98 32 91
e-mail : laurent.gilloire@wanadoo.fr
Beau Chinon cuvée Vieilles Vignes 2005, de couleur pourpre, au nez où domine la prune mûre, savoureux, puissant, aux tanins fermes, alliant rondeur et charpente en bouche. Le Chinon Tradition 2005 est de belle robe soutenue et brillante, riche, d’une jolie concentration d'arômes. La cuvée des Cigales 2005 est très typée, de robe brillante, avec ces notes de framboise et de violette, aux tanins fermes et mûrs à la fois, un vin dense et persistant au nez comme en bouche, très réussi.

Marie-Pierre RAFFAULT
Les Loges 37500 Chinon
Tél. 02 47 93 17 89 et 06 80 33 04 39
Fax. 02 47 93 92 60
e-mail : Mpraffault@aol.com
www.chinon.com
Toujours au sommet avec ce Chinon Les Loges cuvée Vieilles Vignes 2005, très classique, aux tanins puissants et fins à la fois, intense, riche en arômes, aux notes de cassis et de prune. Beau Chinon Clos de la Grille 2005, de couleur soutenue, de belle robe grenat, riche et structuré, au nez persistant où dominent des notes de prune et de griotte. Le Chinon La Chevesserie 2005 développe un nez de violette, de cerise et de sous-bois très caractéristique, franc, corsé et souple à la fois, aux tanins harmonieux, de bonne garde. Le Chinon Les Loges cuvée de Printemps est parfait sur les rillons.


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mercredi 23 avril 2008

Les vins du Rheingau

C’est ici que vous goûterez le plus grand nombre des meilleurs vins allemands, dont quelques-uns font partie des plus grands vins du monde, notamment les Auslese, Beerenauslese, Trockenbeerenauslese, voire certains Kabinett extravagants. A plus de 80%, le Riesling est le cépage principal du Rheingau, mais l’on produit également des rouges (à Assmanshausen) qui ne m’ont pas vraiment enthousiasmé, douceâtres et pâles, sans réel intérêt.

Le Rheingau est un cas à part du vignoble allemand où la multitude de crus alliée à une impressionnante diversité de sols (quartz, schistes, lœss, marnes, calcaires, ardoises, limons…) s’ajoutent au fait que la région est surtout celle de producteurs indépendants, à l’inverse des autres vignobles allemands où le négoce et surtout la coopération sont omniprésents. Le Rheingau a aussi le mérite d’être une région où le vignoble est la seule culture, très homogène. C’est aussi le seul endroit où le Rhin change de direction, passant de l’ouest vers l’est, au lieu de son habituel tracé nord-sud. Cela influence tout particulièrement le Rheingau, et spécialement les beaux vignobles du versant sud protégés au nord des influences froides par les monts du Taunus, qui reçoivent alors une forte réverbération du rayons du soleil incidents et réfléchis sur le fleuve.

Historiquement, le Rheingau a toujours été une référence. En 1435, le Riesling est cité pour la première fois par écrit dans la région de Hochheim. Déjà, le grand intérêt de la cour des archevêques de Mayenne ces vins, sur le plan fiscal mais aussi pour le plaisir, a forcé l’achèvement de la culture viticole au Moyen Age. Les monastères y ont joué un rôle considérable, comme l’Abbaye des bénédictins de Johannisberg (fondé en 1100) et le monastère cistercien d’Eberbach (établi en 1136). La plupart des classifications vinicoles allemandes ont également leur origine ici. Pour exemples, les vins classés Spätlese ou Auslese sont nés dans la région grâce à la volonté déterminée du vigneron indépendant d’obtenir la qualité optimale pour chaque millésime, adaptant ainsi le style de vins aux caprices de la nature.

Objectivement, on peut penser que le Riesling (Rheinriesling, svp), qui trouve sa quintessence ici, est aussi né dans le Rheingau. Le hasard n’a rien à voir avec le fait que ce cépage s’accorde à merveille avec ces sols si variés, s’adaptant extraordinairement bien à chacun, et donnant chaque fois un vin où s’harmonise le sucre, l’acidité et l’extrait sec, très typé, nuancé, racé, qui montre sa différence dans le temps, au cours de son évolution. Il est indéniable que la période végétative très longue due à la situation septentrionale de la région et les températures relativement élevées en fin de saison, favorisent la maturité tardive de ce cépage exceptionnel.

Un seul Bereich, le Johannisberg, qui n’est pas un gage qualitatif et qu’il ne faut pas confondre avec les crus provenant du village du même nom, 14 Grosslagen et 16 Einzellagen couvrent le secteur du Rheingau. Les meilleurs vignobles, plus marqués par leurs origine communale que par les Grosslagen, partent de Hochheim, sur le Main, passent par Walluf, Rauenthal, Eltville, Erbach, Hattenheim, Hallgarten, Œstrich, Mittelheim, Winkel, Johannisberg, Geisenheim et Rüdesheim pour rejoindre la commune de Lorch.

Une fois n’est pas coutume, c’est donc par les villages qu’une hiérarchie qualitative peut être mise en place. Ils méritent que vous y fassiez un détour, en profitant de leur ambiance chaleureuse et typiquement vinicole. L’atmosphère et la convivialité aidant, prévoyez des haltes, vous serez tentés de “lever le coude” facilement…

Les meilleurs vignobles se situent près de Hochheim, et donnent des vins très fermes, corsés, moelleux, puissants au nez comme en bouche, d’excellente évolution. A Rauenthal, qui fait partie du Grossslage Steinmächer, vous découvrirez des vins plus tendres, mais possédant suffisamment de richesse dans les bons millésimes pour réserver des surprises au bout de quelques années. Eltville, sur les rives du fleuve, bénéficie du même Grosslage, et les vins de Riesling tiennent largement la comparaison. Tout proche, le Grosslage Deutersberg comprend les vignobles de Hattenheim (la commune est belle, et le cru Steinberger Riesling hors du commun, de grande garde) et ceux de la ville d’Erbach, plantés sur des sols principalement marneux, qui donnent des blancs secs et moelleux à la fois, corsés, épicés, tout en bouche.

La commune d’Hallgarten produit des vins durs et fermes, très corsés, de lente évolution, provenant de vignobles perchés sur les coteaux les plus pentus regroupés sous le Grosslage Mehrhölzchen. En continuant, on arrive à Oestrich qui possède des hectares dans les Grosslagen Gottesthal et Mehrhözchen de nouveau, où le Riesling semble se plaire parfaitement. Après Oestrich, on est à Mittelheim qui regroupe deux très bons Grosslagen, Erntebringer et Honigberg, le premier produisant des vins plus fougueux, très riches, le second des vins où le fruit domine, que je préfère savourer dans leur jeunesse. La commune de Winkel suit et comprend deux des plus grands crus du Rhin : Schloss Vollrads bien sûr, dont la réputation est internationale, et Schloss Johannisberg (et le Hasensprung), qui atteint également les plus hautes sphères. Des vins superbes, très élégants, très aromatiques, racés et fins, tout en complexité.

Poursuivant votre périple comme je l’ai fait, vous passerez par Geisenheim en excitant vos papilles sur les crus provenant du Rothenberg, pour parvenir à Rüdesheim où les vins du Berg sont toujours remarquables, intenses au nez comme en bouche, gras et savoureux, d’excellente garde. Quelques-uns des plus grands vins du Rheingau proviennent de là.

samedi 12 avril 2008

Les vins d'Italie du Sud

Dès Naples, les amateurs de vins rustiques, fiers et authentiques, ne seront pas déçus, même si la production actuelle s’évapore vers de nombreux vins plus modernes, et à mon avis, beaucoup moins passionnants. Les deux grandes et belles îles, la Sardaigne et la Sicile (le fameux Marsala), font en effet des vins intenses issus des Moscatel et Malvasia, sans réelle équivalence ailleurs, la Campanie vous surprendra avec son Lacryma Christi del Vesuvio, l’austère et splendide Calabre avec son incroyable Greco di Bianco, la Basilicate avec son Aglianico, ou les Pouilles avec le Castel del Monte. Tous demandent la culture de la patience, et surtout cet état d’esprit sans lequel on ne peut les estimer à leur juste valeur : les goûter pour ce qu’ils sont, sans faire la moindre comparaison, même si c’est tentant. Après tout, demandons-nous à un vin Jaune du Jura de ressembler à un autre vin ?

La Campanie

La culture de la vigne et les techniques de vinification y furent introduites par les peuples helléniques. L’Aglianico est le cépage rouge le plus cultivé.

Pour moi, seules cinq DOC méritent d’être mentionnées : pour son rouge très puissant et parfumé, qu’il faut attendre, la DOC Taurasi, et dans une moindre mesure, celle de Ravello; pour son blanc, celle de Fiona di Avellino, déroutante par son amertume en bouche, celle de Lacrima Christi del Vesuvio, produit sur les pentes du volcan, nettement plus savoureuse, puis celle de Greco di Tufo, souvent plus décevante.

Goûtez les rouges de Capri (l’île reste encore très séduisante, allez à l’hôtel Luna qui surplombe la mer ou payez-vous le superbe palace Quisisana), souples et colorés, qui se boivent très bien dans les bons restaurants de Capri, comme La Cappanina, où l’on sait accorder les vins et les mets. Un bon vin de table, supérieur aux autres DOC : l’Asprino, un blanc perlant, léger et désaltérant, et, pour les rouges, ceux qui sont issus de l’Aglianico, notamment les doux de la région de Naples.




Les Pouilles

Pendant presque deux siècles, vouées à produire des vins de coupage à haut degré d’alcool, les Pouilles, au fil des dernières années, ont progressivement changé de politique, au risque de dépersonnaliser les vins durs et rustiques dont le pays regorge, en implantant des Sauvignon et autre Chardonnay. Aujourd’hui les Pouilles produisent la plus grande quantité de vin d’Italie.

A l’exception du Moscato di Trani, un joli blanc onctueux et parfumé, ce sont surtout les rouges, issus principalement du cépage Negro amaro, qui méritent d’être mieux connus, dont les meilleurs (ils sont rares) proviennent des DOC Rosso di Cerignola, Leverano, Squinzano (plus rustique), et de l’excellent Castel del Monte (Montepulciano), intense, gras et corsé à la fois.

La Basilicate

Comme la Campanie, la Basilicate cultive encore des cépages très typés comme l’Aglianico (c’est aussi l’unique DOC), importé sur le mont Vulture par les Grecs sept siècles avant notre ère. Il donne un rouge puissant, coloré, qu’il faut absolument savoir attendre quelques années pour profiter de son potentiel, surtout en Riserva. Les meilleurs vins blancs, toujours produits dans la zone de Vulture, comptent un vin de dessert doux mousseux caractéristique : le Muscat de Vulture, que j’ai eu du mal à apprécier.

La Calabre

Des vins rouges et rosés, des vins chauds à teneur en alcool élevée, dont les principales DOC sont Ciro, très réussi en rouge, Melissa, Donnici, Savuto, et Lamezia, avec des vins un peu plus faciles à mon goût. Le DOC Greco di Bianco, produit sur la côte ionienne, est un vin de dessert doux issu de raisins passiti (voir encadré), puissant, suave, intense au nez comme en bouche, très réussi et très apprécié. Parmi les vins de table, des vins de dessert également, et quelques vins rouges étonnants qui mériteraient mieux que leur appellation.

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dimanche 6 avril 2008

Les vins de Bulgarie

Le pays, par son dynamisme, est certainement le plus propice à la culture de la vigne de tous les pays de l’Europe de l’Est. Les bons vins rouges sont nombreux, et la diversité des paysages et des climats explique les différents styles de vins que l’on y trouve.

Les cépages
- Pour les rouges, le Mavrud, le Cabernet-Sauvignon, le Merlot, le Pamid, le Gamay et le Pinot noir.
- Pour les blancs, le Rkatsiteli, le Dimiat, le Muscat Ottonel, le Red Misket, le Chardonnay, le Riesling, le Gewurztraminer, l’Aligoté et le Sylvaner.

Les appellations
Aux côtés de celles qui définissent les vins de table courants, deux appellations régissent les vins de qualité : le DGO (Origine Géographique Déclarée), qui précise les sous-régions et communes d’origine, et la mention Controliran, qui précise également certains cépages comme le Gamza, le Cabernet-Sauvignon, le Chardonnay, le Melnik ou le Mavrud.

Les meilleurs vins Controliran proviennent des appellations Novo Solo Gamza, Svichtov Cabernet-Sauvignon, Stambolovo Merlot, Asenovgras Mavrud, Khan Krum Chardonnay et Harsovo Melnik.

Les régions

- Région septentrionale

Proche de la Roumanie, de climat relativement frais, la région produit 35 % des vins bulgares, rouges et blancs, et quelques vins mousseux satisfaisants. Ce sont surtout les rouges provenant du Gamza et du Cabernet-Sauvignon, qui sont les plus attirants.

- Région méridionale

Environ 20% des vins sont produit ici, dans cette région qui borde la Grèce. Le Mavrud est à son honneur entre les villes de Provdiv et Maritza, et produit des rouges charpentés, corsés, chauds et parfumés, qu’il faut savoir attendre pour profiter de leur potentiel d’évolution. Le Merlot et le Cabernet-Sauvignon produisent les autres vins de qualité de ce secteur, associés à ceux issus du Muscat.

- Région orientale

Un tiers du vignoble bulgare. Tout naturellement, vers la Mer noire et les massifs montagneux, c’est ici que les blancs de Riesling (celui de la commune de Sumen, surtout, tout en bouche), Sauvignon, Muscat, Chardonnay (celui de la région de Preslav, au centre, est très bon), Dimiat, Rkatsiteli ou Gewurztraminer se plaisent le plus, climat oblige.

Aux côtés de ces trois grandes régions qui regroupent près de 90% des vignobles bulgare, on peut ajouter la région occidentale, au sud-ouest du pays, autour des communes de Melnik, Sandanski et Harsovo. Les bons vins rouges sont souples et fruités, et se boivent dans leur jeunesse.

Juste au-dessus, vers l’est, une petite entité géographique va de la ville de Karlovo à celle de Burgas, et produit d’étonnants vins musqués (le Misket rouge).

jeudi 27 mars 2008

Les vins du Portugal

La région du Vinho Verde

En dehors du Madère et du Porto (voir plus loin), et beaucoup moins connue, l’autre grande caractéristique du pays, c’est que le Portugal produit, dans la région comprise entre le Minho et le Douro, au nord du pays (voir carte), environ 3 millions d’hectolitres de Vinhos Verdes (vins verts). Des vins en réalité extrêmement typés, et je ne vois pas avec quels autres types de vins on pourrait les comparer réellement (et sérieusement). On ne connaît pas la raison pour laquelle ce nom leur est donné depuis des siècles. Certains disent que ce nom est lié au cadre géographique dans lequel il est produit, car le paysage de cette région est toujours verdoyant et frais, avec un climat pluvieux en hiver, et des températures assez douces en été. Son relief est assez accidenté, avec un sol presque totalement granitique. D’autres disent (peut-être avec plus de raison) que ce nom provient simplement de sa fraîcheur. Le Vinho Verde est donc un vin jeune, à boire jeune.

Il s’agit de vins de table, rouges ou blancs, connus depuis l’époque romaine, pauvres en alcool (entre 8 et 11°), mais riches d’acidité fixe. Ils ne se conservent guère et doivent être consommés frais. Une chose est sûre : la raison de cette appellation n’est pas uniquement due à l’insuffisance de maturation du raisin. Les grappes ne sont cueillies que lorsqu’elles sont mûres (selon les conditions climatiques, les vendanges peuvent durer jusqu’à mi-novembre). En conséquence, des divers facteurs déjà cités (notamment la fraîcheur constante de la région ainsi que l’ombre fournie par l’abondant feuillage), on obtient un moût très riche en acides qui détermine les principales caractéristiques du “Vinho Verde”. La grande quantité d’acide malique qui reste encore provoquera plus tard une deuxième fermentation (malolactique). A la suite de celle-ci, il résultera (par dégagement d’anhydride carbonique) une légère et très agréable effervescence dans le vin, connue populairement sous les noms de “agulha” ou “pico”. La présence de ce gaz carbonique est généralement plus élevée dans les vins rouges (plus acides) que dans les vins blancs où celle-ci se remarque juste par l’existence d’un léger pétillement.

Les bons rouges que j’ai dégustés, de couleur intense, étaient très agréables, très frais en bouche, bien équilibrés, comme les blancs, qui sont vraiment remarquables avec les sardines fraîches que l’on mange au pays.

Plus au nord, goûtez les réputés vins blancs de l’Alvarinho, issus du même cépage, à la fois secs, gras et onctueux, finement parfumés.

Non loin, pour les amateurs, on trouve les vins rosés demi-doux, pas mal faits au demeurant, élaborés dans la région de Tras-os-Montes, juste au-dessus du Haut-Douro, et plus au sud, entre le Vinho Verde et le Dao, quelques rares vins blancs vifs et corrects de la région de Beira.



La région du Douro

J’ai des souvenirs émus de cette région, appelée aussi Pais Vinhateiro, notamment en dévalant son fleuve sur une grande barque typique (dont j’ai oublié le nom) vers la ville de Porto, un jour où je revenais d’une visite de la Quinta Ferreira.

Ici, l’homme a su amadouer la montagne, créant partout terrasses et paliers. Ses panoramas sont variables et séduisants, avec des monts et des monts pleins de vignes entourées d’oliviers, qui donnent à ce paysage une caractéristique bien spéciale. Il y a quelques années, les températures étaient très froides pendant l’hiver et l’été était un enfer. Aujourd’hui le climat est bien différent, plus doux et humide, en grande partie à cause des barrages du fleuve Douro. Son sol, d’une manière générale schisteux, a été lentement conquis à la montagne à force d’un travail herculéen par l’Homem do Douro.

Ce fut pendant le règne de D. Joséi que son premier ministre et futur Marquês de Pombal, Sebastiao Jose de Carvalho et Melo, a créé la première région délimitée et reconnue du monde, par la loi de 1756, alterée à travers les temps et confirmée en 1921. Cette impressionnante région étend ses bras tout au long de la vallée du fleuve Douro et ses affluents dès Barqueiros à Barca d’Alva.

En se partageant par le Baixo-Corgo, Cima-Corgo et Douro Superior, la région du Douro atteint une partie des districts de Vila Real, Viseu, Bragança et Guarda. Le Baixo-Corgo, avec environ 51% de son aire occupée par la vigne, s’étend sur la rive droite du fleuve Douro dès Barqueiros au fleuve Corgo. A gauche, dès la paroisse de Barrô, et jusqu’au fleuve Temi-Lobos, près de la petite ville Armamar. Le Cima-Corgo, avec environ 36 %, s’adosse à l’antérieur et va jusqu’au méridien qui passe par Cachao da Valeira. Puis le Douro Superior va jusqu’à la frontière espagnole.

Ici, on dit que Dieu et l’homme ont façonné cette région délimitée, en parfaite symbiose, où, au-delà du fameux vin généreux ou fin, il se produit un vin avec dénomination originaire du “Douro”, qui autrefois était connu par “Vinho de Ramo”, aujourd’hui très apprécié par sa qualité, sa compagnie étant indispensable à une grande table.

Les vins du Douro

C’est dans le nord-ouest du Portugal que depuis le temps des Romains on cultive la vigne d’une façon quelque peu différente de celle que l’on trouve partout ailleurs, où généralement, les ceps recouvrent complètement une surface qui leur est destinée, exclusivement rangés en formation militaire. Ici, la vigne pousse librement le long des arbres, atteignant parfois une hauteur assez importante (“o enforcado”) ou bien s’étend sur des fils de fer, formant ainsi de longues allées en tonnelles qui couvrent les chemins ou entourent les miliers de petites propriétés de cette région (“ramadas” ou “latadas”). Cette forme de culture rend le travail difficile car on doit parfois utiliser des échelles à trente échelons. Afin d’éviter ce problème, les vignes en “enforcado” ou en “ramadas” sont peu à peu remplacées par la forme en “cruzeta” (forme en croix) qui est le système le plus récent de la culture de la vigne, facilitant la mécanisation.

Une préférence pour les rouges, chauds et veloutés, et je vous conseille amicalement de prendre soin de les servir au moins à la température de la cave, voire un peu frais, si vous n’avez pas l’occasion de faire une sieste. Quelques bons vins blancs du Douro sont frais, légers et aromatiques, moins typés néanmoins. Non moins anecdotique, le fameux muscat, qui se fait à Alijo et Favaios, fait avec la qualité “Moscatel Galego”. Dans la région de Lamgo il y a une zone spécialement dotée pour la production de mousseux naturesls. Pour mémoire, l’ancienne et belle ville de Lamego était jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la capitale de cette région de viticulture, et son vin apprécié et connu comme “Vinho de Cheiro” ou Vinho de Lamego”.

Les régions de Bairrada et de Dao

Aux côtés de quelques bons vins blancs mousseux produits en petite quantité (goûtez surtout l’Azul des Caves do Barrocao), c’est ici que l’on trouve les meilleurs vins rouges portugais.

Le vignoble de Bairrada, planté sur un sol argileux en majorité du cépage Baja, s’étend entre Aveiro et Coimbra. On trouve de bons vins, avec une base tannique équilibrée, ronds et parfumés, à la fois corsés et fruités, d’excellente évolution. Plus à l’est, dans le vignoble de Dao, c’est le raisin Touriga nacional qui prédomine, planté sur des coteaux, dans des sols plus granitiques.

Les vins du centre et du sud

C’est au centre et au sud du pays, pratiquement le long de l’océan, que sont concentrés la plupart des autres vignobles portugais, souvent source de gros rendements. Des vins rouges, rosés et blancs, ces derniers mousseux, secs, demi-secs ou doux. On trouve de tout ici, du plus simple des vins au plus étonnant. En réalité, j’ai surtout envie de vous faire découvrir trois styles de vins qui me semblent valoir un détour.

En face de Lisbonne, à l’ouest, près d’Estoril, la région avoisinant l’embouchure du Tage produit le Carcavelos, issu d’un minuscule vignoble. Un très bon vin viné liquoreux d’apéritif qui sent les fruits mûrs et la noisette, déjà réputé au XVIIIe siècle.

Plus intéressant, exploité au nord de Lisbonne, le Moscate de Setubal, un vin muté, de forte teneur en alcool, très parfumé, puissant au nez comme en bouche, intense et persistant, avec ces connotations caractéristiques de fruits cuits, d’épices et de noix.

Pourtant, le vin que je préfère dans cette région du Portugal méridional est incontestablement celui provenant du petit vignoble de Colares qui s’étend près de Cintra, en bord de mer, à l’ouest de Lisbonne. Voilà un vrai vin rouge typé, authentique, issu principalement du cépage Ramisco planté dans le sable, un vin tannique, très riche, qui apporte concentration, couleur et astringence.

vendredi 21 mars 2008

Les vins d'Afrique du Sud

C’est certainement ici que l’on goûte les plus beaux vins étrangers extérieurs à la vieille Europe. On y fait d’ailleurs du vin depuis plus de 300 ans, ce qui peut apporter une réelle culture du vin, même si les habitants du pays sont toujours beaucoup plus sensibles aux alcools forts.

En blancs comme en rouges, en mousseux comme en vins types “Xérès”, les vins ont l’avantage de profiter de l’expérience des hommes depuis longtemps, et il me semble qu’ils possèdent aussi ce qui manque à beaucoup d’autres vins de pays “neufs” : un réel terroir et plusieurs microclimats propices à la culture de la vigne. On trouve d’ailleurs des sols intéressants de graviers et de schiste dans la plaine côtière, et d’autres sols alluviaux et calcaire dans les vallées.

Les saisons sont inversées par rapport à celles de l'Europe. Le printemps dure de septembre à novembre, l’été de décembre à février, l'automne de mars à mai, et l’hiver de juin à août. Les vignes ont droit à l’irriguation. Les vendanges se font donc principalement de Février à Mars. Le climat est généralement de type méditerranéen, chaud (les vendanges se font souvent la nuit, certains secteurs nécessitent une irriguation), même si les zones côtières sont plus fraîches au Printemps et en Automne.

Les principaux cépages
- Pour les rouges : Cabernet-Sauvignon, Pinotage, Shiraz, Coinsault, Carignan, Pinot noir, Zinfandel, Merlot, Bastardo,

- Pour les blancs : Chardonnay, Chenin blanc, Muscat d’Alexandrie, Sauvignon, Bourboulenc, Riesling, Pedro Ximenez, Sémillon, Ugni blanc, Gewurztraminer, Clairette et Colombard.

Les vins
Les meilleurs rouges sont surtout issus du Cabernet-sauvignon, de Shiraz et de Pinotage. Ce sont des vins de couleur intense, riches en arômes et en charpente, avec ce goût de “fumé” caractéristique, qui leur donnent une typicité de bon aloi.

Les meilleurs blancs dégustés étaient issus du Chardonnay, du Riesling, du Chenin, et du Sauvignon, bien que celui-ci me semble être le moins intéressant. Ce sont pour la plupart des vins vifs et francs, souvent très ronds en bouche. Quelques-uns sont doux.

Les régions
Les vignobles s'étendent principalement à l’ouest du Cap, entre 33° et 34° de latitude sud.

On peut diviser le vignoble sud-africain en cinq parties. Deux grandes entités s'en dégagent : celle qui comprend les régions de la côte, et celle de l’intérieur des terres, qui regroupe les secteurs de Tulbagh, Worcester, Robertson et Swellendam.
A leurs côtés, beaucoup plus petite, la région du Boberg (Paarl et Rulbach), en réalité située entre les deux principales entités, et plus haut vers le nord, le long de la côte, la région Olifants River et Piquetberg.
Enfin, on fait du vin dans les régions de Upington, dénommée Vallée de l’Orange, et la ville de Kimberley.

1/. La zone réellement côtière, qui s’étend de la côte jusqu’à la première chaîne de montagnes comprend les secteurs (appellation ou WO) : Constantia, Durbanville, Stellenbosch et Swartland.

- Constantia
Le secteur est connu depuis le XIXe siècle pour ses vins de dessert, de type Muscat (mes préférés) et Porto, puis pour ses vins de type Xérès. Bordé par la mer, il bénéficie d’un climat modéré et chaud avec 850 millimètres de pluie par an. On y produit des vins rouges et des vins blancs (Klein Constantia en fait d’excellents), issus du Sauvignon et du Riesling.

- Durbanville
Ce secteur de sols de granite produit surtout des vins rouges. Le Pinotage et le Shiraz de Meerendale sont des classiques de la région.

- Stellenbosch
Les étés sont chauds et secs, les hivers frais et humides et il y tombe environ 500 mm de pluie par an. On y trouve les meilleurs vins rouges, avec notamment : Delheim, Goede Hoop, Jacobsdal, Kanonkop, Le Bonheur, Meerlust, Simonsig et Spier. Quelques bons blancs secs et demi-doux.

- Swartland
Les vignes (irriguées) sont autour de Darling, Malmesbury et Riebeek.

- L’Overberg s’étend à l’est de Stellenbosch.

2/. La région de Boberg, plus chaude, comprend Paalr et Tulbagh, qui produisent des vins de type Xérès ainsi que de bons blancs.

Au sein de cette région côtière englobant les bassins de la Berg Rivr et de la Klein River, se trouvent les secteurs de Paarl et Tulbagh où l’on élabore des vins vinés.

- Paarl
Au-dessus de Stellenbosch, le climat de type méditerranéen montre des hivers humides et des étés chauds et secs.

Sur des sols de granite et d’ardoise, la région produit surtout des vins blancs demi-doux, et de beaux vins rouges.

- Tulbagh
Au nord de Paarl, à la limite du Swartland. Climat sec et sols de sables profitent surtout à des vins blancs.

3/. Breede River
Cette région, très chaude, où l’irrigation est omniprésente, comprend les tois secteurs de Robertson, Swellendam et Worcester.

- Klein Karoo
Ici, le climat est carrément aride et s’adaptent plus à l’élaboration d’eaux-de-vie dont les sud-africains sont très friands, de vins de dessert ou de type Xérès, issus des cépages Hermitage et Muscadel.

4/. Les autres régions : Olifants River, au nord-ouest du Cap, avec un climat sec et chaud, Picquetberg, juste au-dessous, où les vignobles sont rares, la Vallée de l’Orange, à l’intérieur des terres, la plus septentrionale, qui subit un climat chaud et sec, et regroupe uniquement des coopératives, le secteur de Douglas, au sud-ouest de Kimberley, avec des vins modestes, et enfin Andalusia, au nord-est de Kimberley.

mercredi 19 mars 2008

Les vins de Grèce

LE PÉLOPONNÈSE

Relié à l’Attique par l’isthme de Corinthe que coupe depuis la fin du XIXe le canal du même nom, le Péloponnèse occupe une place prédondérante dans l’économie vinicole grecque avec ses 60 000 hectares de vignes, les cépages à vins cotoyant les cépages à raisins secs, que vous connaissez tous : Soultanina (Sultanie) au nord et surtout Corinthiaki (Corinthe ) au nord-ouest et au sud-ouest. Péninsule montagneuse dont le point le plus haut (massif de Taygete) culmine à 2407 mètres, le Péloponnèse présente des bassins intérieurs d’effondrement (Arcadie) et des plaines littorales (Corinthie, Achaie, Argolide...). Les sols sont très accidentés et les reliefs très accusés, depuis le niveau de la mer jusqu’aux montagnes qui le traversent du nord-ouest au sud-est, en les séparant en deux zones climatiques distinctes : la partie ouest étant pluvieuse et la partie est beaucoup plus sèche.

En dehors des vins destinés à la distillerie, les appellations d’origine se répartissent en d'excellents vins de liqueur (Mavrodaphne de Patras, Muscat de Patras et Muscat Rion de Patras), et en vins blancs et rouges (Néméa, Mantinia et Patras).

Néméa
Réputée pour avoir été le théâtre du premier travail d’Hercule, qui étouffa le féroce Lion de Nemée et endossa sa dépouille, Nemée, au sud de Corinthe, l’est également pour ses vins rouges secs et corsés, d’une couleur rouge profonde, épicés et puissants, que je préfère un peu rafraîchis.

Ce “sang d’Hercule” mérite bien son nom, très marqué par son cépage Agiorgitiko (le cépage de Saint-Georges), planté sur un vignoble qui s’étend de 250 à 800 mètres d’altitude dans une vallée et sur des coteaux paisibles limités à l’ouest par le mont Kilini.

Mantinia
A une altitude comprise entre 600 et 800 mètres, le vignoble de Mantinia entoure les ruines de l’ancienne Mantinée. Issu du cépage Moschofilero, le Mantinia est un vin blanc sec, fruité, assez bien équilibré, mais assez neutre en bouche, et constitue surtout un vin de base pour vins mousseux.

Patras
Si l’appellation Patras correspond à des vins blancs légers et frais (maison Tsantalis), produits sur les vignobles de coteaux, et obtenus à partir d’un cépage très légèrement rosé nommé Rhoditis, c’est surtout vers les vins de liqueur que je vous incite à jeter votre dévolu.

Le meilleur à mon sens est incontestablement le Mavrodaphne de Patras, issu du Mavrodaphne, vieux cépage rouge qui lui confère un bouquet très original. Le vin est liquoreux, très doux, velouté et corsé à la dois, très parfumé, qui demande à vieillir en barriques pour atteindre sa plénitude.

A ses côtés, élaborés à partir du Muscat blanc, le Muscat de Patras et le Muscat Rion de Patras présentent une belle couleur topaze, à l’arôme très caractéristisque de leur cépage commun.

LES ÎLES IONIENNES

Etirées en chapelet le long de la côte occidentale de la Grèce, dans la mer du même nom, les îles Ioniennes comportent sept îles principales (Corfou, Paxi, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante et, à la pointe du Péloponnèse, Cythère). Ici, le climat est d’une douceur exceptionnelle (allez à Corfou en Mai et en Septembre), et la vigne est surtout présente à Corfou (Kerkyra), Zante, (Zakynthos), Leucade (Lefras) et Céphalonie (Kefalonia). Le vin le plus renommé est le Verdea, qui fait la fierté du vignoble de Zante,très intense au nez comme en bouche, avec son goût de rancio caractéristique, qu'il ne faut pas confondre avec un goût oxydé.

Intense, très coloré, envisagez de faire une sieste après avoir dégusté le Santa-Mavra (mavra veut dire noire), un rouge très puissant provenant du vignoble de Leucade, planté du cépage Vertzami, cultivé en terrasses dont les murettes grimpent jusqu’à une altitude de 800 m. Un bon exemple de la structure et de la typicité des rouges secs grecs, très fruités et corsés, légèrement épicés, à savourer sur une cuisine riche.

L’île de Céphalonie, c’est le royaume des Muscat de céphalonie et Mavrodaphne de Céphalonie, deux vins de liqueur à appellation d’origine, issus des mêmes cépages (Muscat blanc et Mavrodaphne).

L’autre spécialité des îles est le Robola de Céphalonie, un vin issu du Robola (ou Rombola), un blanc fin, fruité, de bonne bouche.

LA GRÈCE CENTRALE ET L'ÎLE D’EUBÉE

La Grèce centrale étend un vignoble de près de 30 000 hectares, et peut être divisée en trois secteurs distincts : l’Attique, la région d’Athènes, cœur de la Grèce, présentant des paysages de petits massifs et de plaines agricoles, et l’île d’Eubée.

Folklore oblige, je vous conseille d’être à Athènes au moment des vendanges: la capitale hellénique est en effet traversée par des camions chargés de barils remplis de moûts en provenance des vignobles d’Attique, de Béotie et de l’île d’Eubée, destinés aux tavernes des vieux quartiers d’Athènes et du Pirée, qui ont coutume d’élaborer leur propre Retsina vendu au pichet, le vin le plus estimé des Grecs, auquel j’ai mis du temps à m’habituer, je l’avoue, mais qui peut devenir surprenant sur une simple friture ou des plats beaucoup plus épicés.

Avec l’Ouzo que l'on déguste avec un peu d'eau, la curiosité grecque, c’est le Retsina, ce vin unique et très populaire, au goût caractéristique de “résine”, que les Grecs consomment en quantité non négligeable dans les tavernes, sous une tonnelle (il vaut mieux être à l'ombre en effet pour s'y familiariser). Surtout blanc, issu des cépages Savatiano et Rhoditis, le vin est élaboré exactement comme les vins secs. C’est l’addition de morceaux de résine de pin aux moûts avant ou pendant la fermentation (pour éviter auparavant la tendance naturelle à l’oxydation), retirés ensuite avec la lie lors du soutirage, qui confère au vin toute son originalité, et cette amertume unique.

L’Attique présente aussi une gamme importante de vins blancs issus du cépage Savatiano, assez agréables, que la maison Cambas élève généralement très bien, comme son Domaine de Kantza.



LA THESSALIE

Riche bassin agricole drainé par le fleuve Pinios et entouré de hauts sommets dont le mont Olympe (2 917 m) au nord, la Thessalie bénéficie d’un climat humide et froid en hiver, brûlant en été. Son vignoble (8 500 hectares et 300 000 hectolitres) est divisé en quatre zones: les zones à appellation d’origine Nea Anchialos et Rapsani; la zone de Karditsa, où l’on produit un rouge et un blanc à base de cépages indigènes (le Noir de Messenikola et Batiki, cépage blanc), et la zone de Tyrnavos pour les raisins de table (Muscat de Hambourg). La plupart des vins sont issus des coopératives.

Nea Anchialos
Située non loin de Volos, antique Iolkos (d’où partirent Jason et les Argonautes à la conquête de la Toison d’or), la zone de Nea Anchialos s’étend sur quelque 600 hectares. Issus des cépages Savatiano et Rhoditis, les vins sont blancs, relativement vigoureux, et il faut les boire très frais, dans leur prime jeunesse, pour profiter de leur saveur fruitée.

Rapsani
Un bon vin rouge classique, provenant des cépages Xinomavro, Krassoto et Stavroto, qui se complètent harmonieusement pour donner ce vin vif et coulant, assez parfumé.

LA MACÉDOINE ET LA THRACE

Région fertile au climat continental, la Macédoine s’oppose au reste de la Grèce par une pluviométrie élevée et une végétation beaucoup plus intense. Les zones montagneuses côtoient en effet la plaine alluviale de l’Axios.

Côtes de Meliton
Sur les coteaux nord de la montagne qui domine Porto Carras, station balnéaire de la presqu’île de Sithonia, un charmant petit village marin, a été implanté un énorme vignoble. Les vins blancs frais et fruités produits sur ce domaine Carras, issus des cépages indigènes Athiri, Assyrtico et Rhoditis, et les vins rouges charnus et capiteux issus d’un heureux mariage entre le cépage grec Limnio et les cépages Cabernet-Sauvignon et Cabernet Franc, bénéficiant de l’appellation d’origine Côtes de Meliton.

Naoussa, Goumenissa, Amynteon et Agioritikos
Le vignoble de Naoussa est situé sur les pentes sud-est du massif du Vermio, sur des coteaux ensoleillés et abrités des vents froids, où mûrit le Xinomavro, certainement le plus noble cépage rouge grec. Il produit en tout cas l’excellent Naoussa, un beau rouge puissant, riche en couleur comme en arômes, et qui demande à vieillir pour s’arrondir (buvez-le toujours un peu frais). Ce même cépage se marie avec le Negosca dans les vignobles de Goumenissa, au nord de Salonique, et dans ceux d’Amynteon, un peu plus à l’ouest.

Près du mont Athos, la maison Tsantalis élève des vins puissants (Agioritikos), issus des cépages Assyrtiko, Athiri et Roditis, provenant du vignoble du monastère de Saint-Panteleimon. Des vins qui demandent à être appréciés comme ils le méritent.





L’ÉPIRE

De la Thessalie à la mer Ionienne, à l’ouest de la Grèce, les montagnes de l’Épire, dominées par la chaine du Pinde (2 637 mètres), creusées de vallées et de plateaux, présentent un climat rude où sont plantés quelque 1 000 hectares. Deux appellations à retenir.

Zitsa
Elle est produite sur les vignobles de six communes situées à une altitude de 600 mètres, sur de petites collines au sol aride, au nord-ouest de Ioanina. Issu du cépage Debina, on y goûte un bon vin blanc très frais, sec ou demi-sec, en tout cas bouqueté, associant vivacité et rondeur en bouche, généralement très agréable.

Metsovo
Le plus montagneux des vignobles grecs, situé sur les pentes sud-est du massif du Pinde, est planté de cabernet-Sauvignon, que l’on a du mal à “rapprocher” du cépage bordelais, tant il en diffère. Est-ce le clone ou le terroir, ce vin rouge est corsé, très parfumé, et ma foi assez réussi.

LES CYCLADES

Ainsi nommées par les Anciens parce qu’elles formaient une sorte d’auréole (“Kyklos”) autour de l’île sacrée de Délos, les Cyclades sont au nombre de 39 (dont 24 habitées), et bénéficient d’un climat tempéré avec un soleil généreux, très favorable à la vigne.

Paros
Connue depuis l’Antiquité pour la qualité de son marbre blanc, l’île de Paros est aussi une bonne occasion de goûter un bon vin blanc, assec sec, au nez complexe, de bonne bouche, généralement bien fait, issu du cépage Monemvassia. Le puissant vent du nord de la mer Egée, le Meltem, y conditionne la culture en vigne basse (en gobelet).

Santorin
L’île est splendide, magique. L’ancienne Kallisté (“la très belle”) devenue Théra en l’honneur d’un chef des Spartiates, puis Santorini, du nom de Sainte Irène, patronne de l’île Cycladique, est sûrement en effet l’une des plus envoûtantes îles de toute la Méditerranée. Pas vraiment belle d’ailleurs, puisque l’île est assez austère, mais plutôt spectaculaire. La capitale, Thira, surmonte une formidable falaise haute de 300 m qui plonge à pic dans la mer. Pour y monter, vous avez le choix : le petit funiculaire ou vos jambes; pour redescendre et regagner votre bateau, préférez l’âne.

La vigne jaillit de ce sol avare dans des conditions microclimatiques uniques. Parvenus à maturation, les raisins sont soumis à une grande chaleur diurne, alors que la nuit, une humidité dense recouvre les vignobles, absorbée par le sol. Les vents empêchent l’accumulation d’une trop grande humidité sur les baies, ce qui favorise une maturation complète des raisins et des vins blancs d’une grande richesse en alcool. La vitesse du vent étant très élevée, on donne fréquemment aux ceps la forme d’un panier constitué de sarments et de feuilles, afin de protéger les raisins. Il faut goûter comme je l’ai fait, à l’ombre, dans les jolis bistrots aux murs blanchis, en admirant les îles voisines et les gros paquebots de croisières qui viennent déverser leurs flots de touristes, ce vin blanc d'appellation Santorin, très corsé, avec ce rien d’amertume en bouche, en réalité assez typique des bons vins grecs.

LE DODÉCANÈSE

Rhodes est une île où le touriste se sent particulièrement à l’aise. Depuis l’Antiquité, “l’île des Roses” a produit et exporté des vins en amphores sur lesquelles les potiers apposaient leur nom ainsi qu’une grappe de raisin en guise de marque d’origine. Deux appellations : Rhodes et Muscat de Rhodes, ce dernier étant l’un des plus beaux vins de liqueur qui soient, intense, riche, doux et doré, issu d’un assemblage de cépages muscats (Muscat blanc et Muscat de Trani) cultivés dans une toute petite région délimitée, au sud de l’île. Deux zones de production : l’une, plane, constituée de sols sablonneux, est exposée aux vents chauds venant du sud; l’autre, sur le flanc nord des montagnes, sur des collines calcaires ou schisteuses, est rafraîchie par le vent du nord, le fameux Meltem. Je préfère les blancs, assez secs, frais et bouquetés (cépage Athiri). Les rouges sont ronds et fruités (cépage Amorgiano).

SAMOS ET LES ÎLES DE LA MER ÉGÉE

Séparée de la côte de l’Asie mineure par un détroit de 1,5 km, Samos, c’est cette île montagneuse et verdoyante qui doit son nom au mot phénicien Sama signifiant “altitude”, et d’où provient surtout l’illustre Muscat de Samos, issu du cépage Samien que le grammairien Hésychios répertoriait déjà au Ve siècle. La viticulture a marqué l’économie de Samos tout au long de son histoire et le vin de Samos a toujours fait l’objet d’un commerce important. En l’an 1700, la production de muscat était estimée à quelque 3 000 barils, destinés aux marchés d’Orient et d’Occident, notamment la France, l’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne... Sous licence française à partir de 1890, les vins de Samos acquirent une renommée internationale.

Le Samos et le Nectar de Samos font partie des plus grands vins doux du monde, très riches, parfumés et moelleux, à la fois d’une grande fraîcheur aromatique, qui n’est pas sans rappeler la fleur d’oranger, et d'une intensité en bouche exceptionnelle. Du grand art, issu d’un vignoble principalement situé sur le littoral nord de l’île. Les villages situés sur le versant nord du mont Arbelos jusqu’à la côte nord de l’île (Ambelos, Manolatès, Stravrinidès...) sont considérés comme les meilleurs terroirs. Le vignoble mérite d’ailleurs une visite: ici, sur des coteaux étagés depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude, murets et terrasses superposés, ne supportant souvent qu’une ou deux rangées de vignes, sont entretenus depuis des générations par les viticulteurs. Les vendanges, qui commencent durant la deuxième quinzaine d’août au niveau de la mer, se poursuivent jusqu’à la fin octobre dans les régions les plus montagneuses. La plupart des bonnes maisons grecques proposent d'excellents Muscats de Samos. La vigne est également cultivée à Lemnos (goûtez le très bon Muscat de Lemnos) et à Lesbos.

LA CRÈTE

J’ai passé des séjours exceptionnels ici (essayez le superbe hôtel Elounda Mare), tant pour la beauté des paysages de montagnes que de la mer, omniprésente. Petits ports paisibles, restaurants rafraîchis par des tonnelles de vignes qui protègent de la canicule, vignes, oliviers, citronniers... tout présuppose la douceur de vivre qui se dégage de la Crète. Le pays est certainement à l’origine de ma passion pour les voyages, de cette parenthèse hors du commun que savent procurer de tels lieux, où l’histoire antique s’associe aux légendes, et c’est la raison pour laquelle j’ai retenu une photo de mon périple crétois pour figurer en page de quatrième de couverture de ce guide. La Crète est la cinquième île de la Méditerranée, l’île des Dieux selon Homère, le berceau de la civilisation minoenne. C’est là que, selon le poète, Zeus serait né, aurait aimé la princesse phénicienne Europe, et aurait eu trois fils, dont Minos, qui devait donner naissance à une dynastie qui allait marquer l’histoire du pays. Pour l'anecdote, goûtez les bons vins blancs de Minos des frères Miliarkis.

D’une superficie de 8 305 km2, la Crète s’allonge d’ouest en est sur 260 km environ, sa largeur variant de 12 à 60 km. Elle est dominée par des reliefs importants (de 1 360 à 2 450 mètres), entre le sud de l'île qui donne sur l’Afrique et le nord qui s’ouvre vers la mer Egée. C’est dans cette partie de l’île, protégée des vents chauds d’Afrique par cet écran montagneux, que s’est développé ce vignoble dont l’origine se perd dans l’Antiquité. Dès cette époque, les anciennes villes de Cnossos, Gortyne et Phaistos avaient développé un important commerce des vins.

Le climat est tempéré par le voisinage de la mer et les vents frais qui viennent de l’Egée sur les côtes; froid et neigeux en hiver à l’intérieur des terres; relativement frais au printemps, et très chaud et sec en été.

Ce vignoble d’une cinquantaine de milliers d’hectares (y compris les vignes à raisins de table) produit aussi des raisins secs (Soultanina) et le fameux raisin de table Rasaki. J’apprécie tout particulièrement ces vins rouges puissants, issus de vieux cépages tels que le Roméikon, le Liatiko de Lasithi, qui vont à merveille sur des aubergines ou des plats de légumes farcis, et qu’il est bon de savoir apprécier un peu frais, comme on sait le faire au pays. Les cépages blancs (Vilana, Athiri, Ladiniko...) permettent l’élaboration de vins assez fruités, vigoureux certes mais plus neutres.

L’île englobe en tout cas quatre vignobles à appellation d’origine : Archanès, Peza, Dafnès et Sitia, et un Vin de Pays de Crète. Dans les régions de La Cannée et de Rethymno, on produit également des vins issus respectivement des cépages Roméikon et Tsardana.

Archanès et Peza
Les deux vins à appellation d’Archanès et de Peza sont élaborés dans deux zones délimitées au sud d’Héraklion, dans cette très belle région de vallées et de coteaux. C’est à quelques kilomètres de là que se trouvent les ruines du palais de Knossos, qui aurait été le palais du roi Minos, où était édifié le fameux labyrinthe dans lequel Thésée combattit le Minotaure (souvenez-vous du fil d'Ariane). Les vins rouges de ces deux appellations proviennent des cépages Kotsifali, qui apporte toute sa saveur, et Mandilari, cépage familier des îles de la mer Egée, très coloré. A Peza est également élaboré un vin blanc (cépage Vilana).

Sitia et Dafnès
Le vignoble de Sitia est situé à l’extrémité est de la Crète, à une altitude moyenne de 600 mètres. L'excellent cépage Liatiko permet de produire ces vins rouges colorés, robustes et francs dont je parlais auparavant. C’est ce même cépage que l’on cultive dans la zone viticole de Dafnès, région au relief accusé au sud-ouest d’Héraklion. A goûter : le vin de liqueur Dafnès que l’on peut rapprocher du Malvasia, ce nectar des dieux qui, selon la tradition, était conservé dans les jarres géantes du palais de Minos... De quoi rêver, non ?

samedi 16 février 2008

L'accord idéal des vins et des mets du monde

La règle de base : savoir s’adapter à la gastronomie et aux habitudes alimentaires de chaque pays. La gastronomie d'un pays explique en effet toujours le vin que l'on y produit, et vice-versa. Si les vins rouges espagnols ou grecs sont corsés et riches, c'est parce qu'ils s'adaptent parfaitement avec les plats épicés que l'on prépare dans ces pays. C'est le même cas à Bandol ou au Chili.

Les vins blancs secs et moelleux ont une explication plus pragmatique : on les boit soit (et surtout) en dehors des repas, à l'apéritif ou en soirée, comme on le fait en Allemagne ou en Californie, soit à table, avec des mets recherchés, qui vont de l'escalope de veau à la crème avec un Meursault, au foie gras avec un Sauternes.

A l'apéritif, nous avons le choix : les vins blancs secs donc, les liquoreux, ceux de Muscat (Grèce, Chypre, Afrique du Sud, France), comme les vins vinés (du Madère au Banyuls). Sans oublier les innombrables alcools blancs (Gin, Vodka) ou non (Whisky, Porto...), purs ou en cocktails. Les rouges ne sont pas réellement faits pour cela.

En fait, on comprend beaucoup mieux le style des vins californiens ou australiens quand on goûte les mets locaux. Peu d'habitudes de repas, comme ceux que nous connaissons, aux États-Unis , et ceci explique que les vins à la mode soient des blancs secs ou des rouges outrageusement parfumés, qui masquent le contenu de l'assiette, ou que l'on boit à d'autres occasions.

A l'inverse, en Bulgarie comme en Italie, en France comme en Espagne, la gastronomie, omniprésente, vient s'associer avec chaque type de vin, selon chaque région (beaucoup de plats sont d'ailleurs faits au vin dans ces pays). Sur un tout autre plan qualitatif, il en est de même en Chine, où les épices s'accordent très bien avec les eaux-de-vie comme le Brandy à l'eau...





A L'APÉRITIF


Champagne ou autres mousseux, Sauternes, Xérès, Porto, Vins Doux Naturels et la plupart des vins blancs secs ou moelleux du monde comme un beau Muscat de Patras, en Grèce.



AVEC LES ENTRÉES


Asperges : un Muscat d’Alsace.

Artichaut : un bon rosé sec d’Anjou.

Avocat : des blancs secs (Sauvignon, Gewurztraminer), voire légèrement moelleux (Rheinpflaz Spätlese ou demi-secs d’Anjou).

Caviar : Corton-Charlemagne, Champagne, Pouilly-Fumé, Vodka.

Choucroute : Tokay d’Alsace ou Riesling allemand.

Escargots : un Bourgogne, rouge ou blanc. Sinon, des vins italiens comme le Nebbiolo ou le Brunello.

Foie gras : Champagne rosé ou de grand millésime, assez vineux, Gewurztraminer et Tokay de vendanges tardives si le foie d’oie est alsacien, Barsac ou Sauternes si c’est un foie de canard du Sud-Ouest, voire un Porto Vintage.

Jambon de Parme ou de San Daniele : blancs secs (italiens bien sûr, comme le Chianti, voire un Mâcon-Villages); essayez aussi des blancs moelleux alsaciens ou allemands. Avec les jambons de montagne classiques, prenez les vins de la région ou du pays.

Œufs : des rouges légers et frais (Beaujolais...), voire un Clairet de Bordeaux ou un rosé de Tavel.

Pâtes, sauce à la crème : blancs secs italiens, voire un Dolcetto rouge.

Pâtes, sauce tomate : les rouges italiens bien évidemment (Chianti Classico, Barbera...), ou un Côtes-du-Rhône-Villages.

Pâtés et terrines : des vins assez typés, solides comme un cru du Beaujolais (Morgon...), un Madiran, un Chinon, ou des vins rouges espagnols...

Potages : soit un Champagne (rosé, de préférence), soit des rouges frais et jeunes (Beaujolais, Lambrusco...).

Quiche : un Tokay d’Alsace jeune, ou des demi-secs de Loire.

Paella : bien évidemment, les vins espagnols rouges, puissants et épicés, voire un Bandol rouge ou un Côtes-du-Rhône-Villages.

Saumon fumé : Pouilly-Fumé (ma préférence) ou Xérès fino.

Terrines de légumes : des vins blancs légers (Italie, Loire).



AVEC LES FRUITS DE MER 
ET LES CRUSTACÉS


Coquillages : un vrai Muscadet, ou un blanc très sec et très jeune comme le Vinho Verde du Portugal.

Coquilles Saint-Jacques : soit un blanc sec et onctueux à la fois (Graves, Pouilly-Fuissé, Chablis), soit un blanc moelleux si elles sont préparées à la crème. Les vins de Chardonnay ert Sémillon provenant de l'Afrique du Sud et de la Californie conviennent.

Crevettes : la plupart des blancs, et surtout ceux d’Alsace, d'Allemagne et d'Autriche.

Cuisses de grenouilles : un blanc plus rond, fruité comme un Entre-Deux-Mers, un Sauvignon de Loire ou d'Australie.

Écrevisses : un Pouilly-Fumé.

Homard : des vins suaves et parfumés comme les Corton-Charlemagne, Meursault, Tokay d’Alsace ou Rheingau Spätlese d’Allemagne.

Huîtres et moules : Sylvaner, Muscadet, Entre-Deux-Mers, Vinho Verde, et bières...



AVEC LES POISSONS


Bouillabaisse : des blancs (Cassis, Bandol, Côtes-de-Provence), voire un rosé frais et fruité.

Poissons grillés : des vins blancs secs (Anjou, Mâcon, Vinho Verde, Pinot blanc, Entre-Deux-Mers...).

Poissons en sauce ou à la crème : des vins blancs puissants (Meursault, Tokay, Rheingau Spätlese), voire liquoreux.

Poissons de rivière : des vins blancs relativement secs comme le Sancerre, un bon Bourgogne blanc (Chassagne-Montrachet), un Riesling d’Alsace ou d’Allemagne.

Sardines fraîches : Vinho Verde, ou un autre blanc très sec et très frais.
Saumon grillé : des vins blancs puissants (Pouilly-Fuissé, Chablis, Montrachet).



AVEC LES VIANDES


Avec les viandes blanches


Brochettes et côtelettes d’agneau : la plupart des vins rouges, avec une préférence pour les Bordeaux relativement souples ou un Bardolino italien.

Gigot d’agneau : des Bordeaux plus tanniques (Médoc), un Barolo italien et un Zinfandel de Californie ou d'Afrique du Sud.

Curry d’agneau : un vin blanc onctueux et épicé comme le Gewurztraminer, un Rheinriesling allemand ou d'Afrique du Sud, voire un grand Condrieu ou un Hermitage.

Jambon, côtes et rôti de porc : des rouges légers (Barbaresco, Beaujolais, Chianti, Pinot d’Alsace).

Côtes, escalopes et ris de veau : des rouges légers également, tout en rondeur (Argentine, Italie, et vins de Pinot noir) .

Côtes, escalopes et ris de veau à la crème : un grand Bourgogne blanc (Puligny-Montrachet ou Meursault), voire un rouge suave comme le Dolcetto ou le Tignanello.

Moussaka : vin rouge grec ou Mavrud.

Rognons : des vins riches et corsés, rouges ou blancs selon leur préparation (crus de la vallée du Rhône, Chianti, Rioja, vins d'Afrique du Sud et du Chili).

Avec les viandes rouges

Bœuf rôti : la plupart des vins rouges assez corsés et tanniques, avec une préférence pour les Bordeaux, et autres vins de Cabernet-Sauvignon et de Merlot (Afrique du Sud, Chili), relativement jeunes. Les vins italiens vont parfaitement (Tignanello, Montepulciano, Gattinara).

Bœuf bourguignon (ou pot-au-feu) : le même vin rouge que celui employé pour la cuisson, et tout particulièrement un Bourgogne puissant (Mercurey, Pommard, Nuits-Saint-Georges), un Gigondas, un Côte-Rôtie, un Rioja, un Mavrud, un Bandol, un vin chilien ou un Barolo.

Gigot en croûte : rouges souples, intenses et parfumés comme ceux du Libournais, d'Afrique du Sud, du Chili et d'Italie.



Avec les volailles et le gibier

Canard : des vins puissants et parfumés comme un Hermitage, un Châteauneuf-du-Pape, un Moulin-à-Vent, un Pommard, un Tignanello ou un Barolo italiens, un Cabernet-Sauvignon du Chili, un Shiraz d'Afrique du Sud, un Corton ou un Pauillac.

Confit de canard : des vins corsés (Madiran, Cahors, Saint-Émilion, Barolo, Nebbiolo, Zinfandel).

Oie : soit un vin blanc légèrement moelleux (Anjou...), soit des rouges frais et légers (Chianti, Beaujolais, Touraine...).

Oie (farcie) : des vins souples et fruités comme le Valpolicella, ceux du Penedés, un Médoc (et par extension, les autres rouges issus du Cabernet-Sauvignon comme ceux de Californie, de Nouvelle-Zélande ou de Bulgarie), ou un Côte-de-Beaune.
Poulet rôti : la plupart des vins rouges assez jeunes. Les vins d'Argentine vont bien comme ceux de la vallée du Rhône et de Bordeaux.

Poulet à la crème (ou en sauce) : surtout des blancs demi-secs ou moelleux de Loire, un grand Bourgogne blanc (Chassagne-Montrachet, Auxey-Duresses), et des vins de Chardonnay provenant de Nouvelle-Zélande ou de Californie.

Gibier à plumes : des rouges corsés (Pommard, Hermitage, Moulin-à-Vent, Bandol, Barolo, Saint-Estèphe...), voire des blancs de vendanges tardives. Pour l'exotisme, un Zinfandel de Californie ou d'Afrique du Sud, et les vins issus de la Syrah.

Gibier à poils : des rouges encore plus puissants, parvenant à maturité (Côte-Rôtie, Rioja, Barolo, vins de Syrah plus âgés d'Afrique du Sud, vins chiliens de Cabernet-Sauvignon).



AVEC LES FROMAGES


En réalité, et contrairement à des habitudes de consommation courantes, ce sont les vins blancs qui s’accordent le plus avec les fromages.


Fondue au fromage : impérativement des vins blancs de montagne (Savoie, Suisse, Italie du Nord, Australie...).

Fromages de chèvre : un Sancerre ou un Anjou demi-sec, sinon un Vinho Verde portugais.

Fromages à pâte sèche : des blancs secs de montagne ou légèrement moelleux (Val de Loire, Allemagne, Hongrie).

Fromages doux à pâte molle : des rouges légers et fruités (Beaujolais), et des blancs parfumés (Savoie, Suisse, Alsace, Italie, Australie...).

Fromages forts à pâte molle : vins blancs secs ou demi-secs (Anjou, Gewurztraminer, Tokay, Auslese d’Allemagne ou d’Autriche, Châteauneuf-du-Pape, Saint-Joseph...). Goûtez aussi un Barolo, un vin du Chili, ou un cru de la vallée du Rhône.

Fromages persillés : en dehors d’un grand Porto Vintage (ma folie sur un roquefort), uniquement des grands vins blancs moelleux et doux d’Alsace (Gewurztraminer vendange tardive), d’Allemagne (Trockenbeerenauslese d’Allemagne), de la Loire (Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux), de Bordeaux (Sauternes), ou de Xérès. Sinon, les vins vinés d'Afrique du Sud ou d'Australie.



AVEC LES DESSERTS


Avec la plupart des desserts (à l’exception des fruits et des glaces), les vins doux comme un Muscat de Beaumes-de-Venise ou de Patras (voir Grèce), un Madère, un Porto, voire, plus simplement, le fameux Asti Spumante (voir Italie).

Plus liquoreux, un Sauternes, un Moscatel, un vin de Chypre ou un superbe Tokay hongrois, un Quarts-de-Chaume de la Loire ou une vendange tardive d’Alsace ou d'Allemagne.

Avec le chocolat : un Banyuls Rimage, un vieux Porto Vintage, ou un Tokay de nouveau.




EN DIGESTIF


Poursuivez soit avec un Porto Vintage si vous l’avez pris sur le fromage, soit dans les grands spiritueux traditionnels comme un Bas-Armagnac, un Cognac X.O., une eau-de-vie de fruits (Prune, Poire Williams...), une liqueur (une crème de mûre pure, par exemple), voire un malt style Balvenie.

vendredi 15 février 2008

La qualité du २००७ dans le Rhône


Brigitte Dussert : il faut des vins équilibrés, avec une bonne acidité...

Patrick Dussert-Gerber : en Vallée du Rhône, puisqu’il y a le mistral tout comme en Provence, les raisins étaient bien séchés et l’ensoleillement plus favorable qu’ailleurs, les vins ont beaucoup moins souffert des maladies. La Vallée du Rhône et la Provence sont deux régions qui ont fait un grand millésime classique, dans la lignée des précédents. Les blancs seront très charmeurs, très parfumés. 2007 sera un millésime sur le fruit, en rouge comme en blanc, un millésime de fraîcheur, un vin gourmand avec beaucoup d’arômes de fruits et de fleurs, un vin comme on les aime.

On cite souvent les sols de Châteauneuf-du-Pape, plus ou moins profonds, très caillouteux, qui sont constitués pour l’essentiel de gros quartz roulés mélangés à de l’argile rouge sableuse. Ces gros galets roulés, amoncelés autrefois par le glacier du Rhône, fournissent à la vigne des conditions exceptionnelles de maturation. C’est le secteur le plus sec des Côtes du Rhône ; le vent dominant est le mistral, l’ensoleillement est de 2 800 heures par an, la chaleur emmagasinée par les cailloux dans la journée est restituée la nuit, provoquant un “effet de four”. Toutes ces conditions, dans un millésime comme 2007, sont des atouts majeurs.

Mais il n’y a pas qu’à Châteauneuf-du-Pape qu’il y a des terroirs très propices. On en trouve dans des appellations moins connues, qui “sortent” pour autant une flambée de bouteilles superbes.

À Rasteau, par exemple, le vignoble s’étend sur la plupart des terres du village, dans le département du Vaucluse, sur des sols bruns et calcaires, des sols squelettiques sur marnes et des sols rouges sur grès. Le climat est de type méditerranéen, exposition sud des coteaux, légèrement protégés du mistral. Non loin, à Visan, les vieilles vignes plantées sur des coteaux-argilo-calcaires riches en galets exposés plein sud, sont également garantes de beaux vins. À Gigondas, idem : le vignoble est tout entier sur la commune sur des sols d’alluvions d’argiles rouges caillouteuses, sur des pentes ou de vastes terrasses, et le mistral est le vent dominant.

Pour les vins que l’on débouche aujourd’hui, il faut quand même bien admettre que le millésime 2003 est parfois très mûr, le 2002, qui a été très difficile à maîtriser, n’est pas une merveille, alors que les 2006, 2005, 2004 et 2001 sont formidables. Il faut aussi prendre le temps de conserver ces vins, car on savoure de grandes bouteilles actuellement dans des millésimes comme 98, 95, 90 ou 85.

En blancs, on pourra miser indubitablement sur les 5 derniers millésimes, 2007 compris, bien entendu, avec une préférence pour les très grands années que sont les 2006 et 2005, puis les 2000 ou 1996.
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Le Rhône est une région très étendue, et il faut se donner les moyens pour faire au mieux : petits rendements, vendanges à la main, etc.

lundi 11 février 2008

Le Porto

C’est incontestablement le Seigneur du pays. Il naît dans la haute vallée du Douro, au nord du Portugal, et dans les vallées de ses affluents le Corgo et le Torto. Cette région du Douro peut se diviser en deux zones secondaires : la Cima Corgo (ou le haut Corgo) et le Baixo Corgo (le bas Corgo). La première est aride et dénudée ; la vigne tarde à y croître et ne donne qu’un rendement minime, contrairement à ce qui se produit dans le Baixo Corgo, aux eaux plus abondantes et à la végétation plus riche. Tout cépage étranger implanté dans cette région y donne du Porto. Il n’existe aucune explication scientifique de ce phénomène, dû à une véritable alchimie de la nature et lié sans doute à un équilibre particulier entre le climat et le terroir.

Un peu d’histoire

L’Angleterre de la fin du XVIIe et début du XVIIIe connaît une époque troublée par les influences contraires des Tories royalistes et des Parlementaires, rendue plus confuse encore par les éternelles querelles de religion. Guillaume III (dit Guillaume d’Orange), d’origine hollandaise, soutenu par les Parlementaires, débarque en Angleterre et fait fuir le roi en place Jacques II, qui se réfugie en France, auprès de Louis XIV (en 1688). Antipapiste et anti-français, Guillaume III déclare la guerre à la France en 1689 (guerre de la ligue d’Augsbourg) et établit un blocus des marchandises françaises. Les Anglais se trouvent alors privés de leurs vins de Bordeaux dont ils sont friands.

Pendant ce temps, le Portugal, sous le règne de Pierre II, reste incapable de produire des récoltes de céréales suffisantes à ses besoins, et son commerce de produits coloniaux, épices et sucre du Brésil, décline. Il se voit alors contraint à réduire ses achats extérieurs et à se rapprocher de l’Angleterre. En 1703 est signé un traité de commerce (le traité de Méthuen) qui favorise les échanges entre l’Angleterre et le Portugal. Ce fameux traité marque le début de la grande hégémonie commerciale anglaise, la Banque d’Angleterre est créée en 1694 par 40 marchands, et le Bureau de Commerce en 1696. Le début de l’industrialisation de l’Angleterre et son dynamisme commercial vont être la cause de la ruine de l’artisanat portugais et du sous-développement des activités de manufacture qui semble intéresser l’Angleterre est le vin portugais.

Un vin rude, fait, comme l’écrivait un historien, pour satisfaire l’Anglais flegmatique et carnivore… Une boisson âpre dont le seul mérite résidait dans son pouvoir à provoquer la stupeur. De surcroît, le vin portugais se voit doté d’un tarif préférentiel de droits d’accise à l’entrée en Angleterre : 7£ par tonne contre 55£ par tonne pour le vin français…

En Angleterre, les importateurs de vins, privés de vins français pendant quelques années, s’accommodent tant bien que mal de ce vin du Portugal, de qualité bien inférieure aux vins de Bordeaux. Ils décident alors de “fortifier” ce vin rude en ajoutant un peu d’eau-de-vie, selon un principe bien connu des navigateurs de cette époque, pour une meilleure conservation et pour éviter que le vin ne tourne en vinaigre. Un véritable centre de commerce de vins se développe dans la banlieue de Porto, à Vila Nova de Gaïa, sur les rives du Douro, le fleuve où sont acheminés dans les grandes barques à fond plat (barcos rabelos) les fûts (pipas) de vin en provenance des vignobles de l’intérieur du pays. De nombreux commerçants anglais, poussés par l’esprit d’aventure, attirés par le soleil brûlant du Portugal, les paysages sauvages, le vin généreux et les filles aux yeux noirs, abandonnent l’Angleterre pour s’installer à Porto.

C’est une véritable colonie britannique qui s’organise autour de Vila Nova de Gaïa afin de dominer ce nouveau marché de vins portugais. Un demi-siècle plus tard, 75% des vins importés en Angleterre sont d’origine portugaise. Les Anglais, avec un goût prononcé pour tout ce qui est sucré, préfèrent le Porto doux et velouté qu’ils consomment en vin de dessert, sur un fromage ou en digestif.

L’élaboration du Porto

Le raisin est descendu du vignoble à la cave dans de grandes hottes portées par les “barracheiros” (porteurs). Récemment encore le raisin était foulé par les pieds des vendangeurs; à présent on emploie des machines qui égrappent, foulent et pressent le raisin. Le moût ainsi obtenu est renforcé par addition d’eau-de-vie pour 1/5° ou 1/6° de son volume total. L’alcool introduit tue les levains de la fermentatin et interrompt ainsi la transformation du sucre en alcool. Selon le moment où aura été appliquée cette addition, le vin sera sec, doux ou liquoreux. Les fûts employés dans les “quintas” des montagnes ont une capacité de 25 à 250 hectolitres. On transvase ensuite le vin dans des fûts de 550 litres que l’on descend vers le Douro et on l’embarque dans des bateaux à fond plat dénommés “barcos rabelos”. Ceux-ci descendent le fleuve juqu’aux caves de Vila Nova de Gaïa, faubourg de Porto, où le vin est mis à vieillir. Le Porto mûrit lentement dans de petits tonnelets de bois spéciaux, dont la porosité favorise les processus d’oxydoréduction. Le taux annuel d’évaporation (environ 4 %) rend nécessaires de fréquents remplissages avec des eaux-de-vie du même âge que le vin lui-même. Le Porto peut être sec ou extra-sec (surtout le blanc), demi-sec ou doux (pour le rouge).

Il y a Porto et Porto

La caractéristique commune à tous les vins de Porto est qu’ils sont produits dans une région délimitée par la loi portugaise depuis plus d’un siècle : la vallée du Douro. Chaque parcelle est répertoriée et classée dans les catégories A, B, C, D, un peu comme pour les crus de la région de Cognac. A la différence de Cognac où les différentes qualités sont disposées de façon concentrique avec la Fine Champagne au centre (voir ce chapitre), le classement du Porto est plus complexe. Il faut en effet tenir compte de l’ensoleillement, de la proximité du fleuve, de la densité de la culture. On peut estimer que les meilleures parcelles sont proches du fleuve et que leurs terrasses ne comptent qu’une ou deux rangées de vigne. Le Porto est donc composé de vin qui est “viné”, c’est-à-dire additionné de 20% environ d’eau-de-vie tirée elle-même de vin de la région. Bien entendu, il y a différentes sortes de vins de Porto.

En dehors du Porto blanc, moelleux et rond (à boire frais mais sans glace, svp), plus ou moins doux selon les marques, totalement méconnu, appelé aussi Branco Dourado, élaboré à partir de raisins blancs, exclusivement, mais selon les mêmes principes que les vins rouges, on peut départager la production de Porto en trois grandes catégories.

Tawny
Le plus courant. Ce “blend” est un vin qui est fait à partir de coupes d’âges et de productions différents. Toute sa qualité dépend de l’art du maître de chais qui procède à ces assemblages. Deux vins de Porto, tout en restant authentiques, peuvent être des produits très différents. En vieillissant, le vin change de couleur, passant du violet au rubis puis au roux doré (“Tawny” signifie d’ailleurs roux). Le vin le plus jeune prend le nom de Porto Ruby ou Tinto Alourado, plus corsé; il garde un goût très fruité mais n’a pas la classe et la puissance des vieux Tawnies.

Le Tawny vieillit en fûts de chêne, généralement du chêne portugais qui donne moins le goût de tannin que le chêne français, plus fort. Certains négociants envisagent cependant de faire faire des fûts de chêne français. Le vieux Tawny mérite son prix, d’une part en raison de ses conditions de production, et d’autre part parce qu’une partie du vin (environ 2%) s’évapore des fûts chaque année.

En France, nous nous empressons généralement de boire un Tawny à l’apéritif. Une consommation qui me semble tout à fait adaptée à ce style de Porto. La bouteille doit être conservée à la chaleur ambiante. Il ne faut donc jamais le boire dans un verre opaque, ni même dans un trop petit verre. Je vous conseille encore de “mâcher” votre Porto, c’est-à-dire de le conserver un moment en bouche pour lui permettre de développer tout son bouquet.

Porto millésimé
Attention : il y a plusieurs sortes de Porto qui portent une date. Un Vintage peut être aussi bien millésimé que le Tawnie. Quand un Tawny est millémisé, cela signifie que toute la récolte vient de cette année et qu’il s’agit d’une bonne année. Certains vieux Tawnies peuvent être aussi bons que des millésimés. Il y a des amateurs qui préfèrent des vins coupés rafraîchis par l’apport de vins plus jeunes. C’est souvent une affaire de goût. Avec l’âge, le Tawny devient plus doux et perd un peu de sa teneur alcoolique, sa couleur devenant plus pâle.

Certains vins de Porto provenant d’un seul domaine et d’une seule année sont aussi commercialisés, sans faire l’objet d’assemblage : ce sont les Quintas, souvent d’excellente qualité, vieillies en fûts pendant une période de huit ans au moins avant d’être mis en bouteilles. Rares et peu connus, les vins de Porto de 10, 20, 30 ou 40 ans d’âge proviennent d’assemblage de vins vieillis en fûts pendant une période minimale de 10, 20, 30 ou 40 ans. Ce sont le plus souvent des coupages de grandes années.

Les Late bottled vintages (ou L.B.V.) sont des vins de Porto récoltés dans de bonnes années et laissés en fûts pendant une période plus longue que pour les Vintages, variant de quatre à six ans. Ils sont ensuite mis en bouteilles mais ne font généralement pas de dépôt comme les Vintages, plus abordables et plus faciles à consommer.

Vintage
A mon sens, aux côtés de quelques rares Tawnies exceptionnels, le Vintage est au Porto ce qu’un grand Champagne millésimé est au mousseux de fête foraine. C’est la quintessence de la finesse, de la saveur et de la persistance aromatique. Un Vintage ne se boit pas : il se savoure. Pour exciter vos papilles comme il convient, débouchez un Porto Vintage soit en digestif, soit sur les fromages forts, en fin de repas (confer le chapitre L’accord des vins et des mets) : c’est ainsi que vous ferez la différence… Un Vintage est donc issu d’une récolte exceptionnelle (tous les trois à quatre ans, si le temps est propice), et est élaboré avec des vins d’une même année mais de différents cépages. Chaque maison a sa propre recette pour le réaliser, séléctionner les meilleurs crus, les assembler et les laisser vieillir en fûts.

A la différence du Tawny encore, le Vintage vieillit en bouteilles. Il est mis en bouteilles seulement après deux ans en fûts, poursuivant et achevant son vieillissement en bouteilles, pendant une période variant de 15 à 20 ans (et plus) selon la qualité du millésime. Ne soyez pas étonné quand vous en déboucherez un : on constate souvent un dépôt assez important qu’il faut séparer du liquide en décantant chaque bouteille. Une bouteille de Porto Vintage digne de ce nom se doit d’être ouverte une bonne heure avant d’être servie, afin de laisser le breuvage respirer. A noter qu’au-delà d’une journée, le Vintage ouvert et décanté perd son corps et son bouquet.

Ce sont seulement certaines années qui méritent d’être classées “Vintage” et le sont par décision de l’ensemble des producteurs et non par un seul unilatéralement (un bel exemple de conscience professionnelle). Le premier Porto Vintage daterait de 1775, et la meilleure cuvée de toute l’histoire du Porto date de 1896, suivie par le fameux 1931, le vintage du siècle.

En Angleterre, le Vintage Port se boit de façon traditionnelle en fin de repas, après le dessert et avec un fromage bleu (stilton) accompagné de biscuits. A la différence également du Tawny, un Porto Vintage ne doit pas être bu avant dix ou quinze ans pour être véritablement un Vintage digne de ce nom. Si vous l’achetez relativement jeune, vous devez donc prévoir de le conserver en caves dans des conditions semblables à celles des vins de garde traditionnels. Cela, on s’en doute, en augmente le prix, mais de façon non exagérée, puisque je considère que les très grands vins de Porto bénéficient d’un rapport qualité-prix exceptionnel, certainement beaucoup plus mérité que quelques bouteilles extravagantes de Cognac. Il faut le boire à une température correcte, pas trop chaud en tout cas (de 16 à 18°). En principe, le Vintage est au sommet de sa forme après trente ans. L’exception confirmant la règle, j’ai bu à Gaia un 1863 (vous lisez bien) absolument étonnant…

mardi 20 novembre 2007

Venise et ses vins

Si l'on revient toujours avec autant de passion à Venise (ah, le risotto du Harry's bar, à savourer avec un Soave...), on se fait aussi plaisir avec la cuisine de la région, où le poisson, naturellement, est le roi, épaulé par quelques recettes de pâtes ("spaghetti à la Vongole", parfait avec un Bragance) qui s'accordent parfaitement avec les vins du coin.

La Vénétie

Dès le XVe siècle, Venise était le premier négociant de vins de la grande Europe. Les riches marchands vénitiens exportaient en effet les vins grecs et les vins de Vérone ou de Padoue. Les vins de Vénétie sont issus aujourd’hui des cépages plus ou moins hétéroclites Barbera, Merlot, Pinot noir, Cabernet-sauvignon pour les rouges et des Trebianno, Bianchetta, Malvoisie, Pinot blanc ou Traminer. Les secteurs étant disparates, les vins le sont tout autant, blancs, rouges ou rosés, et proviennent des collines véronaises, des monts Berici, des collines Euganéennes, de Bregance et des rives du Piave : Valpolicella, Bardolino et Soave, avec une préférence pour le premier (mais si) qu’il est bien agréable de savourer un peu frais, dans sa jeunesse, même si j’ai eu l’occasion d’être surpris par quelques bouteilles de 8 et 10 ans, qui sont surtout des exceptions. Si je ne vous conseille pas de nombreux vins, c’est qu’ils sont, soit issus d’assemblage, soit des vins de purs cépages pour le moins peu typés (Cabernet, Merlot…), provenant surtout du secteur de Trente et de Trévise (Colli, Piave…). Cinq appellations, d’ouest en est, sortent du lot.



- Bardolino
De bons vins rouges légers (et rosés comme le Chiaretto) proviennent de cette région du lac de Garde, et sont à apprécier simplement pour leur fruité et leur nervosité en bouche, jeunes et frais.

- Valpolicella
C’est le vin de prédilection des alentours de Vérone, issu des cépages Rondinella, Corvana et Molinara, que l’on ne se gêne pas pour rendre très productif. Passons. Un bon Valpolicella n’est pas élaboré pour faire de l’esprit mais pour faciliter le dialogue entre amis. Essayez le Recioto della Valpolicella, un vin rouge étrange issu de raisins passiti, très alcoolisé, aux nuances aromatiques intenses, qui peut rappeler un VDN, voire, de loin, un Porto.

- Bianco di Custoza
Peu connu et produit au sud de Vérone, ce joli blanc, à la fois sec et rond, qui sent les fleurs fraîches, est un vin très attirant, dont certaines bouteilles sont surprenantes qualitativement.

- Soave
Il y a de tout dans cette appellation, des plus simples des blancs, vraiment insignifiants, à des crus plus denses, parfumés, aux notes d’amande et de fleurs, onctueux en bouche comme le Recioto di Soave, de bonne évolution.

- Bregance
Un bon Bregance blanc, notamment le Prazti di Canzio, est un vin tout à fait particulier, très parfumé, fin et suave, très agréable à découvrir sur un poisson de lac. Le rouge peut être excellent, puissant et corsé, aux tanins fermes.

mardi 13 novembre 2007

Ne vous faites plus avoir en achetant vos Grands vins

Les fidèles de mes sites et Guides savent que je défends toujours le rapport qualité-prix-plaisir allié à une typicité réelle marquée par les terroirs (quand il y en a un...). Je vous renvoie à mon Classement et à une certaine éthique qui m'est chère. Hélas, 3 fois hélas, il y a des surcotations incautionnables dans les prix de certains vins.

Prenons l'appellation Margaux que je connais particulièrement bien (voir : Twenga et le comparatif des prix des châteaux pour le millésime 2003, une page que vous devriez mettre en mémoire), et précisons d'abord 3 points :

- Dans cette appellation (voir mes coups de cœur), 1 seul vin est mythique, c'est bien sûr le Château Margaux. C'est incontestablement l'un des plus grands vins rouges du monde et la démence du prix peut être admise si l'on s'en réfère au monde du luxe. Passons, donc, même s'il est regrettable d'avoir eu des hausses aussi importantes sur ce vin, et notamment sur le second vin, qui était beaucoup plus accessible autrefois. Ce qui est indécent, ce sont les différences de prix. On se contenterait largement (c'est un hasard mais ce sont les sites de mon ami Jean-François Moueix) des 950 € la bouteille demandés chez ChateauNet (la demi-bouteille est à 742,85 € chez 1855, totalement unjustifié), mais pourquoi mettre 80 € de plus chez Lavinia (1029 €) ou même 1.055 € chez Primeurs Bordeaux.

Avec ces 80 € économisés, autant s'acheter, toujours chez ChateauNet, l'exceptionnel Pavillon Rouge à seulement 70 € (30% de moins que chez Wine and Co ! ).

- Il y a des vins racés et d'un potentiel de vieillissement exceptionnels, que je "suis" depuis 30 ans, très abordables : Rauzan-Segla, Brane-Cantenac, Rauzan-Gassies, Desmirail, La Galiane (un cadeau pour une vingtaine d'euros, comme Charmant à 28,50 €). Ces vins sont souvent "oubliés" par mes confrères (américains ?) au mépris de tout bon sens ou pour d'obscures raisons... (certaines ne sont pas aussi obscures que cela).

L'avantage, c'est qu'ils bénéficient de prix particulièrement attractifs. Une cinquantaine d'euros pour un Brane ou un Rauzan-Segla (49 € chez ChateauNet), c'est justifié (pratiquement le même prix à 41 € chez 1855 pour Issan me laisse sceptique alors qu'on le trouve à 29 € chez ChateauNet...). Le Château Martinens à 16 €, c'est une affaire. Siran est également très abordable. Malescot à une soixantaine d'euros (62,90 €) me semble aussi beaucoup plus cohérent (c'est un très grand vin, remarquablement maîtrisé par Jean-Luc Züger, un vin que je "suis" depuis le début et qui évolue très bien) que Giscours à 53,40 € chez le même fournisseur ou qu'un Labégorce-Zédé à 32,50 € (le double que Martinens, je vous laisse comparer les 2 en débouchant les bouteilles).
Le 1er Webvin
Recommandé par des Influenceurs




- Il y a des prix absoluments déments : 480 € pour Lascombes (presque 10 fois plus que Brane !!!), on croit rêver. Qui a fait ce prix, en fonction de quoi, d'une bonne note chez Parker ? On remarquera que ce vin n'est même pas proposé chez ChateauNet ou même chez ChateauPrimeur, l'autre site du groupe Duclot, qui est la vraie "température" des prix réels des grands crus de Bordeaux...

Un autre exemple, toujours selon les cavistes du Net : c'est un cru éliminé de mon Guide :

- Château Kirwan 2003 chez Vins Discount : 89 € la bouteille (vendu par 6). On peut se demander s'ils connaissent vraiment la traduction du mot "discount"...

- Château Kirwan 2003 chez 1855 : 53 € la bouteille (et 19,90 € de livraison...)

- Château Kirwan 2003 chez Elzevir : 58 € la bouteille (et 21 € de livraison...)

On en rit ou on en pleure ?

Voir, pour les liens directs

samedi 10 novembre 2007

Aimer tous les vrais vins

Pour mes Classements, ma sévérité pour sélectionner des crus se passe sur le terrain. Ma force, c’est ma passion. Je suis autant à l’aise av,ec un grand “seigneur” médocain qu’avec un viticulteur alsacien qui apporte son vin à la coopérative. Je prends autant de plaisir en débouchant un Cahors qu’un Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion, je partage autant d’affinités avec un vigneron du Beaujolais qu’avec une grande “figure” champenoise. Il y a des vins et des vignerons formidables dans tous les coins de France, et il y a les autres, un point c’est tout. Pour moi, en effet, le choix est vite fait.

Je revendique à la fois la subjectivité (qui n’en a pas ?) et l’objectivité (qui peut l’être totalement ?). C’est l’essence même de la nature humaine. On ne voit pas souvent non plus de “dégustateurs” au fin fond de la vallée du Rhône, de la Loire ou de l’Alsace, de la Provence ou de la Bourgogne, un bon nombre se précipitant par contre lors des dégustations de “grands vins”. À croire que, pour eux, les 99 % du vignoble restant n’ont aucun intérêt. Ce n’est pas notre manière d’agir, nous, nous y allons, par respect, pour l’information, pour la curiosité, pour soutenir, pour écouter. Il suffit de questionner les vignerons pour en avoir la preuve. On me voit sur le terrain, et pas seulement dans les grands crus. Qui d’autre va saluer sur place chaque année, un vigneron au fin fond du Béarn ou de Visan ? Qui d’autre se passionne autant pour un Chinon que pour un grand Pomerol, pour un “simple” Bordeaux Supérieur comme pour l’un des plus beaux Meursault ?

J’ai la chance d’apprécier sincèrement chaque style de vin, du plus simple au plus grand, sans faire de parallèle ni de comparaison. Je ne suis pas blasé. Pas mon genre de perdre le temps d’un déjeuner avec un propriétaire orgueilleux, mais je suis prêt à m’enthousiasmer pour un vigneron qui a la foi, pour soutenir un autre qui en a besoin, pour prendre le temps de rencontrer ceux qui m’inspirent ou pour “boire un canon” en toute convivialité. À mes débuts, Émile Peynaud, avec lequel j’ai appris pas mal de choses essentielles, avait écrit un formidable livre justement intitulé le Goût du Vin. C’est avec de tels écrits, comme cet autre extraordinaire Histoire de la Vigne et du Vin en France, de Roger Dion, que l’on comprend pourquoi le vin est l’emblème d’une civilisation, celui d’un raffinement et d’une intelligence, celui d’une osmose entre la nature et l’homme. Le vin, c’est une culture, et donc un véritable patrimoine qui vaut la peine d’être défendu. Il faut soutenir le travail des vignerons qui vont dans le même sens, qui partagent cette même éthique, à savoir le respect de la nature, du terroir, de l’homme, et le plaisir du vin. Ils font un vin à leur image et doivent ensuite faire passer leur message auprès des consommateurs en leur démontrant pourquoi leur propre vin est différent de celui du voisin, pourquoi le vin sent la framboise, la griotte, comment s’exprime un terroir de marnes kimmeridgienne à Chablis, de silex dans la Loire, de molasses calcaires ailleurs, de “crasse de fer” dans le Libournais…


Un vin, un vrai
Ce qui différencie un vrai vin (le prix n’entre pas en compte alors) d’un simple produit aseptisé, rouge ou blanc, c’est donc ce qu’il nous apporte : le plaisir. Et l’on ne se fait pas plaisir quand on débouche certains vins “modernes” ou à la mode. L’abus de la barrique neuve en est un exemple type. Rares sont les vrais grands vins qui dépassent 50 à 70 % de barriques neuves, et, eux, ont un terroir qui permet de sortir des vins qui “tiennent” autant de pourcentage de fûts neufs. Il est aisé de comprendre qu’un élevage à 100 % en barriques neuves ne peut que produire des vins trop boisés, imbuvables, certains à la limite de l’écœurement à cause, en plus, d’une concentration à outrance. Quel intérêt de boire un vin de Bordeaux qui aurait le même goût qu’un vin du Languedoc, de Chine ou d’Australie. Le vin, ce n’est pas cela, ce n’est pas un jus de bois mais un jus de raisin. Il faut qu’il garde son fruit et de la finesse. Quand on a la chance de pouvoir sortir de son sol un Sancerre “minéral”, un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Chambertin marqué par la griotte, un Sauternes issu du Botrytis, un Champagne où la craie apporte cette élégance… on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin, ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis.

Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect. Il faut aussi être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain.
En 28 ans, j’ai donc eu droit à tout : à la morgue de certains, à la frime de nouveaux venus, aux leçons de morale comme aux jalousies. Mais, je n’ai pas dévié d’un pouce, et respecté cette ligne de conduite (elle est naturelle, je n’ai pas à me forcer). On la poursuit donc, en restant fidèle à ceux, les amateurs comme les vignerons, qui sont humbles face à la force de la Nature. Dans toute la France, il y a de grands vins typés, dans toute la gamme, et sans que l’on soit forcément obligé de payer le prix fort pour avoir le meilleur. Le monde du vin est donc aussi celui du rêve et du plaisir, du partage et des rencontres avec des hommes et des femmes attachants et passionnés. Ce sont ceux-là, les vrais, qui comptent et nous apportent cette pluralité qualitative exceptionnelle, à tous les prix, que toute la planète a bien raison de nous envier. Ces vignerons, on aime bien partager un moment avec eux. Ce qui compte, c’est la durée, le respect et la fidélité. Le temps, la continuité, la régularité qualitative sont les seuls critères de jugement auxquels on peut se fier. Il ne reste donc pas de place pour l’arro­gance ou l’envie, ni pour les vins standardisés.

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